En ce 3 août 2025, la Tunisie célèbre le 122e anniversaire de la naissance de Habib Bourguiba, figure emblématique de son histoire moderne, père de l’indépendance, fondateur de la République et architecte d’un État civil et progressiste. Plus d’un siècle après sa venue au monde à Monastir, le souvenir de ce leader charismatique continue de nourrir la mémoire nationale, tant il a façonné durablement le destin du pays.
Né en 1903 dans une Tunisie sous protection française, Bourguiba grandit dans une époque marquée par les tensions coloniales, mais aussi par les premiers élans de modernité. Étudiant brillant, il poursuit ses études à Paris, à la Sorbonne, où il s’imprègne profondément des idéaux républicains, du rationalisme et des principes d’égalité. Il en revient porteur d’un projet clair : libérer son pays de la tutelle étrangère et l’engager sur la voie de la souveraineté et du progrès.
De retour à Tunis, il s’engage dans le journalisme, le barreau, puis dans la lutte politique. Très vite, il s’entoure de compagnons déterminés, à l’instar de Mahmoud El Materi, Tahar Sfar et Bahri Guiga, avec lesquels il fonde, le 2 mars 1934 à Ksar Hellal, le Néo-Destour, une scission stratégique du Destour historique, jugé trop modéré. Ce mouvement va redéfinir les contours de la lutte nationale et rapprocher les masses du combat pour l’indépendance.
Habib Bourguiba, fin stratège et orateur hors pair, prend rapidement la tête du mouvement national. Il sillonne le pays, va à la rencontre du peuple, simplifie le discours politique, fait de l’instruction et de la conscience nationale les armes du soulèvement. Aux côtés de ses fidèles compagnons, il affronte la répression coloniale, les arrestations, les procès et les années d’exil, sans jamais céder.
Mais le combat pour l’indépendance n’a pas été exempt de tensions internes. Au sein même du mouvement national, une fracture majeure surgit entre deux visions : celle de Bourguiba, pragmatique et attachée au dialogue avec la France pour obtenir l’autonomie graduelle ; et celle de Salah Ben Youssef, autre figure montante du Néo-Destour, fervent partisan d’un rejet total du compromis et d’une union plus étroite avec les mouvements panarabes et tiers-mondistes. Cette divergence s’accentue après la signature des accords d’autonomie interne en 1955. La rivalité devient ouverte, politique, puis tragiquement violente. En 1957, Ben Youssef est contraint à l’exil, et en 1961, il est assassiné à Francfort, un épisode sombre et douloureux de l’histoire contemporaine tunisienne qui laissecontemporine encore des traces dans les mémoires marquant ainsi le premier assassinat politique dans l’histoire contemporiane du pays.
Le 20 mars 1956, la Tunisie obtient son indépendance. Bourguiba est porté à la tête du gouvernement, puis proclame la République le 25 juillet 1957. Il en devient le premier président. Mais son projet va bien au-delà de la souveraineté politique. Il veut faire de la Tunisie un État moderne, fondé sur le droit, l’éducation et la dignité humaine. Très tôt, il engage des réformes audacieuses : gratuité de l’enseignement, généralisation de la santé publique, valorisation du rôle de la femme dans la société.
Son œuvre la plus emblématique reste sans doute le Code du Statut Personnel, promulgué en 1956, qui abolit la polygamie, autorise le divorce et garantit des droits civiques inédits aux femmes dans le monde musulman. Habib Bourguiba ne se contente pas de gouverner, il éduque. Il parle à son peuple comme un pédagogue, prenant soin d’expliquer chaque réforme, chaque décision, convaincu que la modernité doit être acceptée par la raison.
Après trois décennies au pouvoir, affaibli par l’âge et la maladie, il est écarté du pouvoir en 1987 par son premier ministre Zine El Abidine Ben Ali, devenu Président de la République. Il passe les dernières années de sa vie à Monastir, où il s’éteint le 6 avril 2000. Son héritage, parfois controversé, souvent admiré, demeure profondément ancré dans les institutions du pays. Aujourd’hui encore, son nom évoque les grandes heures de la souveraineté retrouvée, mais aussi les défis d’un projet de société résolument tourné vers l’avenir.
En ce 3 août 2025, la Tunisie rend hommage à un homme qui a su donner corps à un rêve collectif. De Monastir à Ksar Hellal, des célébrations sont organisées pour rappeler l’itinéraire unique d’un homme qui, par la force de son intelligence, de sa parole et de sa vision, a ouvert à son peuple les portes de la liberté et de la modernité. Habib Bourguiba reste une figure fondatrice, complexe et immense, dont l’ombre continue de traverser l’histoire tunisienne.
M.A.B.S.