Le Code du statut personnel (CSP), promulgué le 13 août 1956, constitue l’une des réformes les plus emblématiques de la Tunisie post-indépendance et illustre l’engagement déterminé de Habib Bourguiba pour la défense des droits des femmes. Bourguiba considérait l’émancipation féminine comme un élément central du projet de modernisation nationale, convaincu que le progrès de la Tunisie dépendait de la pleine participation des femmes à la vie sociale, économique et politique du pays. C’est dans cet esprit qu’il a piloté l’élaboration du Code avec l’aide de juristes tels qu’Ahmed Mestiri, Mohamed Tahar Ben Achour et Mohamed Abdelaziz Djaït, en rompant résolument avec des pratiques traditionnelles jugées discriminatoires.
Parmi les acquis majeurs du Code, l’abolition de la polygamie représente une avancée fondamentale. Alors que la polygamie était jusque-là autorisée, le CSP a instauré le principe selon lequel le mariage devait reposer sur l’égalité et la fidélité réciproque, marquant une rupture radicale avec des normes sociales héritées. De même, la répudiation unilatérale a été remplacée par une procédure judiciaire, offrant aux femmes une protection légale et limitant les abus qui existaient auparavant. Ce changement a permis de garantir que les femmes puissent se défendre et faire valoir leurs droits devant les tribunaux, consolidant leur position dans la sphère familiale et sociale.
Le Code a également instauré la liberté matrimoniale pour les femmes, leur permettant de se marier sans l’autorisation d’un tuteur, et a ouvert la possibilité pour elles d’initier le divorce à égalité avec les hommes. Cette égalité juridique a été étendue à la protection des enfants, notamment en matière de garde et de soutien financier, renforçant le rôle des femmes comme garantes du bien-être familial. Ces mesures, en apparence techniques, ont eu un impact social majeur, transformant durablement les relations familiales et la place des femmes dans la société tunisienne.
Au-delà des dispositions légales, le Code du statut personnel reflète une vision sociale ambitieuse portée par Bourguiba, qui voyait dans les droits des femmes un moteur de modernité et d’émancipation collective. Son engagement a permis à la Tunisie de se distinguer dans le monde arabe par un cadre légal progressiste, en plaçant l’égalité et la justice sociale au cœur des réformes. Ces acquis ont été consolidés au fil des décennies par des réformes complémentaires, notamment la possibilité pour les femmes de transmettre leur nom et leur nationalité à leurs enfants, et l’accès à des droits économiques autonomes, témoignant de l’influence durable de Bourguiba et de sa vision pour une société où femmes et hommes bénéficient des mêmes droits.
Ainsi, le Code du statut personnel reste un symbole central de la modernité tunisienne, un outil juridique et social qui a permis de renforcer l’égalité des sexes, de protéger les droits des femmes et de promouvoir une société plus juste et équilibrée, fidèle à la vision humaniste et progressiste de son principal artisan, Habib Bourguiba.
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