25 juillet, entre mémoire républicaine et renouveau politique

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La Tunisie célèbre ce vendredi 25 juillet le 58e anniversaire de la proclamation de la République, une date emblématique qui marque un tournant décisif dans l’histoire du pays. Le 25 juillet 1957, l’Assemblée nationale constituante décide de mettre fin à plus de deux siècles de monarchie husseinite en déposant Lamine Bey, dernier souverain tunisien. Sous l’impulsion de Habib Bourguiba, chef du Néo-Destour et artisan de l’indépendance obtenue un an plus tôt (20 mars 1956), la Tunisie devient officiellement une République.
Ce changement de régime ne fut pas une simple formalité institutionnelle : il s’agissait d’un projet politique ambitieux visant à moderniser le pays, à rompre avec l’ordre ancien et à construire un État-nation fort. Bourguiba, devenu le premier président de la République, engage alors un vaste programme de réformes, notamment dans les domaines de l’éducation, de la santé, et des droits des femmes. L’adoption du Code du Statut Personnel (CSP), dès 1956, abolit la polygamie et institue le divorce judiciaire, plaçant la Tunisie à l’avant-garde du monde arabe en matière de droits civils. L’État tunisien se construit alors autour d’un pouvoir centralisé, porté par une idéologie moderniste, laïque et nationaliste, incarnée par le « Combattant suprême ».
Mais si le 25 juillet 1957 représente la fondation de la République, cette même date acquiert une toute autre connotation 64 ans plus tard, en 2021. Ce jour-là, le président Kaïs Saïed, élu en 2019 comme candidat « anti-système », déclenche un coup de force constitutionnel en invoquant l’article 80 de la Constitution de 2014, censé lui permettre de prendre des mesures exceptionnelles en cas de « péril imminent ». Profitant d’une crise multidimensionnelle — politique, économique et sanitaire — et d’un mécontentement populaire croissant vis-à-vis des élites et des partis au pouvoir, notamment Ennahdha, il annonce la suspension des travaux du Parlement, la levée de l’immunité parlementaire et le limogeage du Premier ministre Hichem Mechichi.
Cette décision vise clairement le mouvement islamiste, principale force parlementaire, accusée par Kaïs Saïed et ses partisans d’avoir bloqué le fonctionnement des institutions et alimenté la corruption. Pour ses soutiens, cette intervention du président est perçue comme un « acte de rectification du processus » destiné à remettre de l’ordre dans un pays en crise. Mais pour ses détracteurs, il s’agit d’un coup d’État déguisé, portant atteinte au processus démocratique né de la Révolution de 2011.
Depuis ce tournant, Kaïs Saïed a multiplié les décisions unilatérales : il a suspendu la Constitution de 2014, dissous le Conseil supérieur de la magistrature, organisé un référendum controversé en juillet 2022 pour faire adopter une nouvelle Constitution renforçant les pouvoirs présidentiels, puis modifié la loi électorale. Ces actes ont profondément transformé la nature du régime tunisien, qui s’éloigne du modèle parlementaire établi après la révolution, pour se rapprocher d’un système présidentialiste.
Ainsi, le 25 juillet est devenu en Tunisie une date à double portée symbolique. D’un côté, elle célèbre les idéaux de modernisation, d’émancipation nationale et de construction républicaine portés par la proclamation de la République en 1957. De l’autre, elle renvoie aujourd’hui à un moment politique fort, marqué par la concentration des pouvoirs entre les mains du président Kaïs Saïed, dans un contexte de crise institutionnelle et de volonté de réforme de l’État.
Plus qu’un simple rendez-vous commémoratif, cette journée nourrit désormais un débat sur l’évolution du modèle politique tunisien. Est-elle dans la continuité de l’esprit républicain incarné par Habib Bourguiba ? Ou bien reflète-t-elle un recentrage du pouvoir autour de la présidence, dans un souci de gouvernance plus directe ? Entre héritage historique et mutations contemporaines, le 25 juillet demeure une date essentielle pour saisir les dynamiques à l’œuvre dans la Tunisie d’aujourd’hui, en quête de stabilité, d’efficacité politique et de cohésion nationale.

M.A.B.S.

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