Lors de la 39ᵉ édition des Journées de l’entreprise, organisée le 12 décembre 2025 à Sousse par l’Institut arabe des chefs d’entreprises, l’ancien Premier ministre français Dominique de Villepin a présenté une analyse approfondie des enjeux économiques mondiaux et régionaux, soulignant les opportunités et les défis pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord.
Dominique de Villepin a expliqué que la mondialisation libérale est profondément fragilisée par la guerre commerciale américaine, qui recentre les investissements vers les États-Unis et cherche à imposer une suprématie économique, notamment dans le numérique. En parallèle, la révolution technologique – intelligence artificielle, calcul quantique, circuits avancés, supercalculateurs – redéfinit la puissance économique mondiale et intensifie la rivalité entre Washington et Pékin, tandis que l’Europe apparaît trop attachée à sa souveraineté pour Washington. L’ordre monétaire est également bouleversé par l’essor des crypto-actifs et des stablecoins, qui annoncent une transformation des systèmes bancaires et de paiement. À cela s’ajoute la fin progressive du modèle fossile, qui recompose les équilibres géopolitiques.
De Villepin a mis en garde contre plusieurs risques mondiaux : une stagnation globale alimentée par l’inflation due aux droits de douane, une bulle spéculative dans l’IA et une fragilisation du dollar sous l’effet de déficits américains massifs. Il estime que ces bouleversements accélèrent une multipolarité économique structurée autour de pôles régionaux, avec un essor du commerce intra-zone et une régionalisation accrue des chaînes de valeur.
Le Moyen-Orient et l’Afrique bénéficient de cette nouvelle configuration grâce à la diversification économique, à la montée des fonds souverains et à de grands projets d’infrastructures reliant les grandes régions du monde. La stabilisation progressive de pays comme l’Irak et la Syrie peut aussi renforcer cette dynamique.
Pour l’Europe, l’enjeu est de gagner en autonomie, de soutenir l’innovation et de renforcer ses liens avec son voisinage méditerranéen et africain. La Tunisie, de par sa position stratégique et son écosystème technologique en pleine expansion, peut jouer un rôle de hub euro-africain. Le succès d’InstaSolve illustre son potentiel d’innovation, mais le pays doit encore renforcer productivité, investissements et internationalisation des start-ups.
De Villepin a alerté contre trois impasses : le repli sur soi malgré une mondialisation toujours active, la soumission aux grandes puissances qui peut se révéler contre-productive, et les batailles identitaires qui freinent coopération et développement. Il a appelé à une nouvelle architecture de coopération entre l’Europe, le Maghreb et l’Afrique fondée sur la co-construction des normes, des infrastructures communes et l’implication des entreprises, des territoires et des diasporas.
Villepin a par ailleurs insisté sur la nécessité d’une gestion équilibrée des migrations, articulant contrôle des frontières, coopération avec les pays d’origine et mobilité légale des talents, afin de favoriser stabilité, prospérité et développement partagé.