Les marchés mondiaux des engrais connaissent une forte tension depuis le début de l’année 2025. Selon les dernières données de la Banque mondiale publiées le 9 juillet, l’indice des prix des engrais a enregistré une hausse de 15% depuis janvier. Cette augmentation touche particulièrement les phosphates, avec des progressions de 43% pour le triple superphosphate (TSP) et de 23% pour le phosphate diammonique (DAP). Plusieurs facteurs expliquent cette situation, notamment une demande soutenue, des restrictions commerciales et des déficits de production, particulièrement concernant l’urée.
Des gagnants bien identifiés
Dans ce contexte tendu, certains pays parviennent à tirer profit de la situation. Le Canada apparaît comme le principal bénéficiaire sur le marché de la potasse, où ses exportations vers l’Europe remplacent progressivement celles de la Biélorussie et de la Russie, soumises à des sanctions internationales. Cette réorientation stratégique permet au pays d’envisager une augmentation de 5% de ses prix en 2025.
Le Maroc et l’Arabie saoudite profitent quant à eux des tensions sur les marchés des phosphates. La Banque mondiale souligne que leur impact est particulièrement visible en Europe, où ils fournissent désormais des produits plus coûteux en remplacement des approvisionnements chinois et russes affectés par les restrictions commerciales. Cette position leur permet d’anticiper une hausse de 6% des prix du DAP en 2025.
L’Égypte, malgré des difficultés de production liées au déclin de son gaz naturel, réussit à se positionner comme fournisseur alternatif d’ammoniac pour le marché européen. Cette stratégie lui permet de bénéficier des perturbations affectant d’autres sources d’approvisionnement.
Une situation préoccupante pour le continent africain
Alors que certains pays africains tirent leur épingle du jeu, la situation globale du continent reste préoccupante. La Banque mondiale constate une détérioration brutale de l’accessibilité aux engrais, particulièrement marquée pour le phosphate diammonique dont l’indice a dépassé en juin 2025 son pic de début 2022, atteignant 1,72 contre 1,46 pour l’urée et 0,86 pour la potasse.
Cette situation affecte particulièrement les petits producteurs africains, dont les marges économiques déjà fragiles sont mises à mal par la combinaison du rencérissement des prix des engrais et de la baisse des prix des produits agricoles. La dépendance structurelle du continent aux importations le rend particulièrement vulnérable aux chocs exogènes et aux perturbations des marchés mondiaux.
Les perspectives à moyen terme ne sont guère plus optimistes. La Banque mondiale anticipe des prix durablement élevés, supérieurs à leur moyenne de la période 2015-2019, en raison des coûts des intrants élevés, d’une consommation résiliente et des restrictions à l’exportation qui devraient persister. Cette situation met en lumière les défis que doit relever l’Afrique pour assurer sa sécurité alimentaire et réduire sa dépendance aux marchés internationaux.