L’Afrique de l’Ouest, épicentre de la production mondiale de karité, traverse une période de turbulences exceptionnelles. Depuis septembre 2024, une vague d’interdictions d’exportation d’amandes de karité s’est propagée dans la région, créant une onde de choc sur les marchés internationaux. Le Burkina Faso a ouvert la marche en septembre 2024, suivi par le Mali en octobre, puis par la Côte d’Ivoire en janvier 2025 et enfin par le Togo en avril dernier.
Un marché international sous tension
Ces restrictions interviennent dans un contexte déjà tendu pour l’industrie du karité. Les stocks européens, particulièrement bas depuis deux ans en raison d’une offre réduite, font face à une demande soutenue. La situation s’est encore compliquée avec l’engouement récent pour le beurre de karité comme alternative au beurre de cacao, dont les prix ont flambé. Le cadre réglementaire européen autorise en effet l’incorporation de jusqu’à 5% de matières grasses végétales, dont le karité, dans les produits chocolatiers tout en conservant l’appellation « chocolat ».
Des impacts contrastés selon les pays
Anaïs Chotard, analyste spécialisée chez N’kalô, observe des effets différenciés de ces mesures selon les pays. « L’année dernière au Mali et au Burkina Faso, l’interdiction n’a pas provoqué de flambée des prix locaux mais a stimulé la transformation sur place, malgré certaines exportations illégales », explique-t-elle. La situation s’avère plus complexe en Côte d’Ivoire et au Togo, où les capacités de transformation restent limitées.
Les dernières observations de N’kalô, publiées le 11 juillet, dressent un tableau contrasté de la région. La production apparaît moyenne dans plusieurs bassins clés comme la Côte d’Ivoire, le Ghana et certaines zones du Bénin. Cette situation, combinée à des stocks réduits, maintient une pression haussière sur les prix. Les disparités sont frappantes entre pays: les prix bord-champ culminent à 440 FCFA/kg au Burkina Faso, au Togo et au Ghana, alors qu’ils restent contenus au Mali et au Nigeria en raison d’une offre plus abondante.
Face à cette configuration inédite, les acteurs du marché peinent à anticiper l’évolution des prochains mois. Les interdictions d’exportation, destinées à favoriser les transformateurs locaux, pourraient en effet avoir des répercussions imprévues sur toute la filière, des producteurs africains aux industriels internationaux. Le karité, « l’or des femmes » longtemps considéré comme un produit stable, se retrouve au cœur d’une tempête commerciale aux conséquences encore difficiles à mesurer.
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