« Je n’avais pas 67 dinars… Je l’ai ramenée à la maison, et ma fille est morte. » C’est par ces mots déchirants que le père d’Alia Bhiri, une jeune élève qui habite à Gafsa, raconte ce qu’il a vécu dans une déclaration médiatique. Sa fille souffrait d’une crise d’appendicite. À son arrivée aux urgences de l’hôpital régional de Gafsa, il lui a été demandé de payer 67 dinars faute de carnet de soins valide. N’ayant pas cette somme sur le moment, le père a dû la ramener chez lui en attendant de trouver l’argent. Le temps de régulariser la situation, l’état de santé d’Alia s’est gravement détérioré. L’appendice a éclaté, provoquant une infection aiguë. Admise à nouveau à l’hôpital, elle n’a pas pu être prise en charge correctement à temps. Elle est décédée.
Pour sa part, la section régionale de la Ligue Tunisienne des Droits de l’Homme à Gafsa a exprimé dans un communiqué, publié tard mercredi 23 juillet, sa profonde indignation suite au décès tragique de la jeune élève Alia Bhiri, survenu après un retard d’intervention médicale à l’hôpital régional Hussein Bouziane.
La LTDH a fait remarquer qu’après vérification des faits, il ressort que la victime s’était rendue aux urgences le 20 juillet accompagnée de son père. En raison de l’impossibilité de payer les analyses demandées et de problèmes administratifs liés à la couverture sociale, elle n’a pas pu bénéficier des soins nécessaires. Faute de solution, son père a été contraint de la ramener à la maison sans qu’elle ait été examinée de manière approfondie.
Le lendemain, une fois les documents régularisés, la jeune fille a été admise à l’hôpital dans un état de santé gravement détérioré. Elle a dû subir une intervention chirurgicale urgente, suivie d’un besoin vital d’être placée en soins intensifs. Cependant, l’établissement ne disposait pas d’une unité de réanimation adaptée, ce qui a entraîné son transfert dans une salle d’urgence non équipée pour accueillir des cas aussi critiques. Ce manque de prise en charge adéquate a malheureusement conduit, selon le communiqué de la LTDH, au décès de la jeune fille.
La LTDH a considéré également que cet événement “met en lumière une atteinte inacceptable au droit à la santé et à la vie, droits fondamentaux que l’État est tenu de garantir sans conditions financières ou administratives”.
Par ailleurs, la Ligue a dénoncé ce qu’elle qualifie de “classement trompeur de l’hôpital en tant qu’établissement universitaire, alors qu’il souffre d’un manque flagrant de matériel, de personnel et d’infrastructures. De plus, les promesses répétées de construction d’un hôpital pluridisciplinaire à Gafsa restent à ce jour sans réalisation concrète”.
Face à cette situation, la Ligue a appelé à l’ouverture d’une enquête sérieuse et indépendante afin de déterminer les responsabilités et rompre avec la logique d’impunité. Elle a invité aussi l’ensemble des forces de la société civile à considérer l’état du secteur de la santé comme une priorité et à se mobiliser collectivement pour défendre ce droit fondamental.
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