L’écrivain et romancier égyptien Sonallah Ibrahim, figure emblématique de la littérature arabe contemporaine, est décédé ce mercredi à l’âge de 88 ans, après un long combat contre la maladie. Connu pour son engagement politique et son style réaliste mêlant fiction et documents d’archives, il laisse derrière lui une œuvre riche et marquante.
Parmi ses créations les plus notables figure le roman « Zât », publié en 1992 et adapté en 2013 en série télévisée à succès « Bent Esmaha Zât », réalisée par Kamla Abou Zekry et Khairy Beshara, avec Nelly Karim dans le rôle principal. Ce récit suit la vie de “Zât”, femme égyptienne née le jour de la révolution du 23 juillet 1952, et dont l’histoire personnelle devient le miroir des transformations profondes de la société égyptienne.
A travers son mariage, son travail, sa maternité et ses épreuves quotidiennes, “Zât” reflète les bouleversements politiques et économiques vécus par le pays : la période nassérienne, la guerre de 1967, la guerre d’Octobre 1973, l’ouverture économique sous Sadate, l’ère Moubarak et, en filigrane, les germes de la révolution de 2011. Le roman, imprégné d’extraits de presse, documente avec précision les réalités sociales, économiques et médiatiques qui ont façonné la vie des Égyptiens.
Dans ses propos, Sonallah Ibrahim expliquait avoir voulu, à l’origine, dépeindre une femme militante défiant le système. Mais le personnage de “Zât” a évolué pour devenir le symbole de la femme ordinaire, affrontant les contradictions et pressions de son époque.
L’adaptation télévisée a permis à ce récit de toucher un large public, tout en conservant sa force critique. Par son œuvre, Sonallah Ibrahim a su allier exigence littéraire et conscience politique, offrant un témoignage unique sur l’histoire récente de l’Égypte. Sa disparition marque la fin d’une voix singulière, lucide et profondément engagée.
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