Le président américain Donald Trump est en lice pour le Prix Nobel de la paix 2025. Une prestigieuse distinction qui sera annoncée à Oslo le 10 octobre prochain.
Comme chaque année depuis 124 ans, le comité norvégien qui décide de l’attribution du prix Nobel, composé de cinq personnalités élues par le parlement norvégien, généralement des professeurs d’universités émérites possédant une grande expertise dans des domaines liés à ce prix, choisira le lauréat de l’année après une fine sélection de toutes les candidatures et l’évaluation des travaux des candidats sélectionnés par des experts internationaux. Pour l’édition 2025, 338 candidatures de tous bords sont nominées dont 244 personnalités et 94 organisations. Conformément aux statuts Nobel, les noms des candidats restent secrets pendant 50 ans, mais les noms illustres sont toujours dévoilés par leurs parrains, tel le cas du secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres et du pape François (décédé le 21 avril 2025) proposés cette année par des députés norvégiens.
La candidature de Donald Trump a fait le plus de bruit, révélée en grande pompe par les médias mainstream et surtout par le premier ministre israélien Benyamin Netanyahu en déclarant publiquement avoir proposé la candidature de Trump, et ce, après avoir obtenu le feu vert du président américain pour occuper totalement Gaza. Le 45e et 47e président des Etats-Unis aspire à la gloire en acquérant la plus haute distinction mondiale dans le domaine de la paix, des droits humains, de la liberté et de la justice sociale. Cette distinction est censée être attribuée aux personnes, organisations ou communautés qui se sont distinguées par la plus grande contribution « au rapprochement des peuples, à la réduction des armées permanentes, à l’organisation et à la diffusion des efforts pour la paix » (Alfred Nobel, 1833-1896). Sur la liste des récipiendaires, des noms gravés à jamais dans la mémoire collective : Nelson Mandela/Frederik de Klerk (1993), Mikhaïl Gorbatchev (1990), Médecins sans frontières (1999), Organisation internationale du travail (1969)… D’autres lauréats ont, quant à eux, suscité des controverses et mis à mal la crédibilité du Prix. Parmi eux, l’ancien président américain Barack Obama primé en 2009, neuf mois à peine après sa prise de fonction ; pendant ses deux mandats, l’armée américaine a fait la guerre en Afghanistan, en Irak et en Syrie. Idem pour Henri Kissinger, primé en 1973, il était alors secrétaire d’Etat américain. Sa distinction n’a nullement fait l’unanimité et deux membres du Comité du Prix Nobel ont dû démissionner. Le New York Times avait alors réagi à la nouvelle en qualifiant le prix de « Prix Nobel de la guerre ».
D’autres noms figurent sur la liste des controversés qui risque cette année de se rallonger. Car le nom de Donald Trump ne fait pas non plus l’unanimité. Et pour cause. Trump soutient sans conditions Netanyahu dans sa stratégie d’extermination des Palestiniens à Gaza et d’extension des colonies en Cisjordanie occupée. Il nie, comme Netanyahu, l’existence d’une famine à Gaza alors que les institutions de l’ONU l’ont déclarée officiellement. Il ne réagit pas à l’assassinat des journalistes, des médecins, des personnels de la protection civile et des secouristes. Il suggère même la déportation des Gazaouis vers d’autres pays et la transformation de Gaza en Riviera une fois expropriée.
La candidature de Trump fait également l’objet de vives critiques sur les réseaux sociaux après que les Etats-Unis ont bombardé des sites nucléaires iraniens. Le dirigeant le plus fort du monde mène aussi une guerre contre les migrants et ambitionne de réaliser la plus grande opération d’expulsion dans l’histoire des Etats-Unis. Sa troisième guerre est mondiale et commerciale. Les taxes douanières qu’il fait monter et descendre à sa guise, constituent un branle-bas de combat commercial qui risque d’avoir un impact sur l’économie de plusieurs pays.
Dans son discours d’intronisation, le 47e président des Etats-Unis avait promis d’arrêter toutes les guerres, de faire revenir tous les soldats américains au pays et d’œuvrer pour instaurer la paix dans le monde. Il est clair que le président fraîchement élu visait déjà le prix Nobel de la paix. Mais au jour d’aujourd’hui, il n’en est rien de tout ce qu’il a promis. Même l’Ukraine n’est pas au bout de ses peines malgré plusieurs tentatives de Trump de trouver un terrain d’entente entre les belligérants pour réinstaurer la paix en Europe. De sa propre bouche, il reconnaîtra devant les caméras en présence de Volodymyr Zelenski et de dirigeants européens reçus récemment à la Maison-Blanche que la question de l’Ukraine est très complexe. Trump fait de son mieux pour épouser l’habit de l’homme de paix. Il a, par exemple, réussi à empêcher, selon lui, une guerre nucléaire entre l’Inde et le Pakistan. C’est pour cela, d’ailleurs, qu’Islamabad l’a proposé pour le prix Nobel de la paix. L’Arménie et l’Azerbaidjan ont aussi signé un accord de paix sous l’égide de Donald Trump (août 2025).
A présent, il s’est tourné vers les deux Corées sous de nouvelles tensions, il a reçu à la Maison-Blanche le président de la Corée du Sud Lee Jae-myung et exprimé le souhait de rencontrer celui de la Corée du Nord, Kim Jon Un. Mais il semble que ce ne soit pas suffisant pour cette fois. Le génocide en cours à Gaza, la famine, le massacre des enfants par son protégé Netanyahu ne passent pas : au moins trois sur les cinq membres du Comité Nobel norvégien ne seraient pas convaincus de la candidature de Trump. La Norvège soutient la cause palestinienne et la solution à deux Etats. Oslo a officiellement reconnu l’Etat de Palestine en mai 2024 et a pris des mesures contre l’entité sioniste en 2025. La Norvège a été également le premier pays européen à annoncer qu’elle arrêterait Benyamin Netanyahu et Yuhav Gallant s’ils entraient dans son territoire, tous deux étant visés par des mandats d’arrêt internationaux émis par la Cour pénale internationale.
Tout porte à croire que Trump n’est pas près de décrocher son trophée : une coquette somme de 950 000 euros, une médaille d’or de 18 carats et du prestige à l’échelle mondiale. C’est sans doute le prestige que recherche Trump par-dessus tout.
Dans une déclaration récente à Fox News, il confiait sur un ton amusé à propos du prix Nobel : « Je ne suis pas bien placé, en bas de l’échelle ». Mais il ajoute : « Je veux essayer d’aller au paradis ».
Même en rêvant, Trump se permet tout.
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