En Tunisie, plus de 600 000 enfants vivent aujourd’hui dans des familles éclatées par le divorce ou la séparation, selon les chiffres avancés par la chercheuse au ministère de la Justice, Rawen Ben Rquia. Rien qu’en 2023, le pays a enregistré environ 35 000 cas de divorce, un record inquiétant aux lourdes conséquences sociales et psychologiques, notamment pour les enfants.
Face à cette réalité, l’Organisation internationale pour la protection des enfants de la Méditerranée (OIPEM) a présenté une initiative inédite : l’instauration d’une garde conjointe entre les parents divorcés.
« Notre objectif est de transformer le divorce d’un phénomène destructeur en un fait de vie que les enfants peuvent traverser sans en porter les séquelles. Il s’agit de garantir leur intérêt supérieur et de préserver la cohésion familiale malgré la séparation », a déclaré Rim Belkhedhiri, présidente de l’OIPEM, dans un entretien accordé à l’agence TAP.
Elle a rappelé que la législation actuelle, figée depuis 1993, attribue quasi systématiquement la garde à la mère, ne laissant au père qu’un droit de visite limité, souvent restreint à quelques heures par semaine. Une situation qui « affaiblit considérablement le rôle paternel, surcharge la mère et engendre des troubles graves chez les enfants, allant du déséquilibre psychologique jusqu’aux comportements délinquants ».
Selon Belkhedhiri, la garde partagée– déjà appliquée dans plusieurs pays – permettrait aux deux parents de jouer pleinement leur rôle éducatif et protecteur. L’OIPEM propose que ce dispositif s’applique dès l’âge de 3 ans avec une alternance équitable (hebdomadaire ou bimensuelle) entre le père et la mère, à condition que les deux disposent d’une stabilité professionnelle, matérielle et psychologique.
Les chiffres illustrent l’urgence : entre janvier 2023 et décembre 2024, 104 enfants issus de divorces ont mis fin à leurs jours, victimes du vide affectif et du déchirement familial. De plus, 22 000 signalements relatifs à des dysfonctionnements familiaux ont été enregistrés en 2022, dont 13 000 concernant des enfants menacés directement dans leur foyer.
« Le temps est venu de repenser notre droit de la famille et de doter la Tunisie d’une approche moderne et humaine, centrée sur l’enfant, et non plus uniquement sur le conflit parental », a insisté Belkhedhiri, appelant à une réforme en profondeur de la loi sur le divorce, la garde et la pension alimentaire.