526 kg de zatla, 12 millions de comprimés de psychotropes. La douane tunisienne vient de réaliser un véritable coup de maître au port de Radès.
L’actualité sécuritaire est sous tension et suscite interrogations et inquiétudes. Saisies record de drogues et de stupéfiants, vagues de descentes et d’arrestations dans les rangs des trafiquants, des contrebandiers et des spéculateurs. Les chiffres qui tombent sont impressionnants dénotant une activité importante de réseaux illicites étendus et bien huilés. Le bilan des sept premiers mois de l’année en cours fait état de 154 kg de cannabis, 58 kg de cocaïne et 168.000 comprimés de stupéfiants saisis, 1027 descentes et contrôles effectués dans des commerces et entrepôts, 9.600 procès-verbaux et l’équivalent en valeurs financières de 138 millions de dinars sans compter les saisies matérielles et équipements.
Le dernier coup de maître a été la récente mise en échec au port de La Goulette d’une grande opération de trafic international par la brigade centrale antidrogue relevant de la Garde nationale de Ben Arous en coordination avec la douane. La cargaison dissimulée dans un véhicule venant d’Europe comptait 12 kg de cocaïne et 370.000 comprimés d’ecstasy. Le bilan de l’opération compte également 550.000 dinars tunisiens en espèces, 13 véhicules et motos, 14 interpellations et 15 autres suspects en fuite, actuellement recherchés.
Du côté des contrôles économiques, le butin n’est pas moins important. Plus de vingt grossistes et intermédiaires ont été interpellés le 19 septembre 2025 et placés en garde à vue pour des soupçons de spéculation et de manipulation des prix. Pour l’occasion, les descentes ont été effectuées par les agents de la sous-direction des recherches économiques et financières d’El Gorjani accompagnés de représentants des services de contrôle économique du ministère du Commerce et d’agents des services municipaux dans plusieurs marchés de gros dont Bir El Kassaâ, Bizerte, Moknine, Sfax et Sousse.
Cette situation dure depuis bien trop longtemps, les campagnes sécuritaires de lutte contre ces fléaux à l’échelle nationale sont anciennes mais elles ont été multipliées et renforcées ces dernières années dans le cadre de la stratégie nationale de lutte contre la corruption lancée à grande échelle depuis 2021 en raison de l’amplification des trafics de toutes sortes. Dans le cadre de cette mobilisation louable, une précédente opération de contrôle a permis, le 17 septembre, l’arrestation de onze intermédiaires parmi les plus influents dans les circuits du commerce informel des fruits, des légumes et d’autres produits de consommation courante. Il semblerait même que les embuscades sécuritaires et les prises sont encore plus nombreuses, discrètes et d’importance diverse. Ce secteur est très prisé par les spéculateurs, qui perturbent l’approvisionnement des marchés et des commerces, en stockant les marchandises dans des entrepôts, manipulent les prix pour les maintenir à des niveaux élevés et contribuent à la détérioration du pouvoir d’achat des consommateurs. Que dire des réseaux internationaux de narcotrafic qui semblent avoir intégré la Tunisie dans leurs circuits de transit et de distribution ?
Les autorités concernées (Intérieur, Commerce, Finances) par la lutte contre la spéculation, le monopole et le trafic de drogues ont intensifié de manière coordonnée les opérations de contrôle et les interventions sécuritaires. L’intention de rétablir l’ordre est là, les résultats enregistrés en sont l’expression. Les services de douane sont fiers, et à juste titre, d’annoncer une amélioration des résultats en matière de lutte contre le trafic et la contrebande. Les services de la douane, ceux du contrôle économique et de l’ensemble des brigades d’intervention sur le terrain réalisent un travail monumental et louable, avec tous les risques qu’il comporte. L’État est là, présent, vigilant. Nul ne peut nier la mobilisation et l’effort consenti pour venir à bout de ces réseaux mafieux de spéculateurs, de trafiquants et de narcotrafiquants. Mais force est de constater que cela ne suffit pas à endiguer ces phénomènes qui sapent l’économie nationale, la paix sociale et l’intégrité de la société tunisienne dont la jeunesse impactée par les trafics de drogues et de stupéfiants.
Pourquoi tous ces fléaux perdurent-ils malgré une incontestable mobilisation des autorités ? Pourquoi les coups de filet sont-ils plus nombreux et surtout plus gros en termes de quantités, de valeurs et de diversité des saisies ? Il y a lieu de s’interroger s’il manque un maillon à la chaîne des interventions policières et douanières. Ce maillon n’est pas moins important que les saisies, les interpellations et les poursuites judiciaires, il pourrait même être plus percutant dans la lutte contre ceux qui s’enrichissent sur le dos des citoyens et surtout des plus modestes. C’est l’information du grand public et la transparence autour des auteurs de ces trafics et pratiques illicites. La communication peut jouer un rôle crucial car une population informée est une population sensibilisée et vigilante aux signes d’irrégularité, aux pratiques commerciales illicites, aux hausses soudaines des prix, aux pénuries artificielles. Si le grand public est régulièrement informé des stocks réels des produits de consommation et des marchandises, des importations disponibles et celles prévues, des prix de référence, il devient plus difficile de l’arnaquer, de l’induire en erreur et de manipuler le marché. L’accès à l’information est susceptible de renforcer la confiance en les institutions de l’Etat et de lutter contre l’opacité du marché dont se nourrissent les trafiquants et les spéculateurs. Un public informé facilite les campagnes de lutte contre la fraude en y participant par le signalement et par la vigilance vis-à-vis notamment des risques sanitaires des produits de contrebande.
L’information ne remplace pas les mécanismes de contrôle mais crée un environnement moins viable, moins malléable, moins favorable aux spéculateurs, aux trafiquants et aux contrebandiers. Et dans ce cadre, il serait également fort utile de faire connaître et de montrer au grand public les personnes interpellées et surtout les barons qui font la pluie et le beau temps des marchés et des prix et, par conséquent, façonnent la qualité de vie des Tunisiens. La transparence est un moyen puissant de dissuasion contrairement à l’opacité qui permet aux réseaux de se renouveler indéfiniment quels que soient le nombre de descentes et le type de « gros poissons » arrêtés.
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