Un consortium mené par le Fonds souverain saoudien (PIF) a confirmé le rachat du géant du jeu vidéo Electronic Arts (EA) pour un montant de 55 milliards de dollars. Cette opération, qui devrait être finalisée au deuxième trimestre 2026, valorise l’éditeur à 210 dollars par action. Elle marquera le retrait d’EA de la Bourse américaine, une conséquence directe de cette transaction financée par 36 milliards de dollars en cash et 20 milliards de dollars levés sous forme de dettes auprès de JP Morgan. Cette acquisition place désormais l’avenir de franchises mondiales comme Battlefield, Les Sims et EA Sports FC sous l’égide de nouveaux propriétaires aux ambitions stratégiques affirmées.
Ce rachat s’inscrit dans une stratégie plus large orchestrée par le Fonds souverain saoudien. En effet, le PIF était déjà actionnaire d’Electronic Arts à hauteur de 10 % avant cette opération. Cette initiative n’est pas un coup d’essai, mais la suite logique d’un plan d’investissement massif révélé en 2022. À cette date, l’Arabie saoudite avait annoncé un budget de 37,8 milliards de dollars destiné au secteur du jeu vidéo via sa filiale Savvy Gaming Group. Ce plan prévoyait explicitement 13,3 milliards de dollars pour l’acquisition d’un éditeur de premier plan, un objectif que le rachat d’EA vient concrétiser. Parallèlement, 18,6 milliards de dollars étaient alloués à des prises de participations minoritaires dans des entreprises comme Nintendo, Capcom et Take-Two. Cette stratégie s’était déjà manifestée par l’acquisition de plus de 96 % de l’éditeur SNK en février 2022, confirmant la volonté du royaume de devenir un « hub mondial du jeu vidéo et de l’e-sport d’ici 2030 ».
La sortie de Wall Street libère Electronic Arts de la pression des résultats trimestriels. Cette nouvelle configuration pose une question fondamentale sur l’orientation future de l’éditeur. D’un côté, il pourrait gagner une liberté créative salutaire, loin de l’obligation de performance immédiate. De l’autre côté, il devra répondre aux attentes de ses nouveaux investisseurs privés, pour qui l’influence culturelle et le prestige stratégique comptent autant que les revenus. Cette transaction confirme une tendance lourde dans le secteur, après le rachat d’Activision Blizzard par Microsoft pour 68,7 milliards de dollars. Elle acte la transformation du jeu vidéo, qui n’est plus seulement une industrie culturelle, mais qui devient également un instrument d’influence et un enjeu géopolitique pour des fonds souverains et des investisseurs internationaux.