Les travaux de la 21e édition du Corporate Registers Forum (CRF) se poursuivent à Tunis après leur inauguration ce mardi 7 octobre 2025. Placée sous le thème « Nouveaux défis pour les registres d’entreprises : plus de transparence et d’efficacité », cette conférence internationale examine comment les technologies émergentes peuvent transformer la gouvernance d’entreprise.
Une session consacrée à « l’intelligence artificielle et l’automatisation pour une conformité plus intelligente » a réuni le mercredi 8 octobre d’éminents experts, dont Justin Hygate de Foster Moore, Frank Grozel, responsable du programme de gouvernement électronique à la CNUCED, et Søren Corfixsen Whitt, chef de l’Autorité danoise des entreprises. Leurs échanges ont porté sur l’intégration stratégique de l’IA dans les processus réglementaires.
L’approche danoise : entre prudence réglementaire et innovation
Søren Corfixsen Whitt a détaillé la méthode adoptée par son institution. Interrogé sur la mise en œuvre concrète de technologies d’IA, il a révélé : « Je ne pense pas que ces données soient publiques, mais nous disposons effectivement de plusieurs implémentations. Pour les modèles de machine learning, en tant qu’organisme gouvernemental, nous devons pouvoir expliquer nos processus décisionnels. Nous ne pouvons donc pas utiliser l’apprentissage profond, mais nous devons montrer comment et pourquoi certaines entreprises sont sélectionnées pour des contrôles manuels. » Il a ensuite précisé les contraintes techniques applicables : « Nous avons établi des règles internes strictes concernant l’utilisation et le partage des données. Nous avons même développé notre propre chatbot interne sécurisé pour traiter les données sensibles, avec de nombreuses politiques encadrant l’utilisation de l’IA pour assister nos agents au quotidien. »
Cette approche contraste avec les tendances générales observées dans le secteur. Une enquête présentée lors de la session a en effet révélé que 50% des organisations interrogées ont déjà complété l’implantation directe de technologies d’IA, 33% prévoient de le faire prochainement, tandis que seulement 17% n’ont pas encore entamé cette transformation.
Interrogé sur l’avenir de l’IA dans le domaine de la conformité, Søren Corfixsen Whitt a partagé sa vision : « Concernant les 3% de transactions nécessitant encore une intervention humaine, je ne pense pas qu’elles vont disparaître complètement à court terme. » Le responsable a néanmoins exposé des perspectives ambitieuses : « Nous explorons maintenant les agents IA, qui diffèrent des assistants classiques car ils travaillent de manière autonome, même en dehors des heures de bureau. Nous étudions des processus métier qui ne présentaient pas auparavant un bon retour sur investissement, mais qui deviennent intéressants grâce aux agents IA. »
Il a également détaillé une innovation majeure : « Nous déplaçons l’IA en amont pour aider les entreprises lors de l’enregistrement. Par exemple, dans le dépôt des comptes annuels, si une entreprise commet une erreur dans la description d’un bâtiment, notre système indique qu’il y a 92% de chances que l’information soit incorrecte, tout en permettant malgré tout l’enregistrement. Nous souhaitons développer davantage ces approches pour aider les entreprises à mieux se conformer dès le départ. »
L’architecture technique derrière la détection des risques
La mise en œuvre technique repose sur ce que l’Autorité danoise appelle « la tour de contrôle », permettant « d’implémenter et de tester de nouveaux algorithmes au quotidien, avec la possibilité de les activer ou désactiver facilement ». Søren Corfixsen Whitt a décrit un système de scoring sur 100 : « Lorsque le score dépasse un certain seuil, un contrôle manuel est déclenché. Les modèles s’empilent comme les couches d’un gâteau : la base pourrait concerner la participation du conseil d’administration à une faillite, puis s’ajoutent d’autres indicateurs comme la disqualification d’administrateurs ou l’implantation sur un site précédemment utilisé par des entreprises frauduleuses. »
Cette approche permet d’ajuster dynamiquement le niveau de contrôle en fonction des ressources disponibles et des risques identifiés, optimisant ainsi l’efficacité du registre tout en maintenant des standards élevés de conformité.
Alors que la conférence se poursuit jusqu’à vendredi, ces réflexions ouvrent la voie à une transformation profonde des registres d’entreprises, où l’intelligence artificielle devient un partenaire stratégique pour renforcer la transparence et lutter contre la fraude. La progression des implémentations d’IA, avec déjà la moitié des organisations ayant sauté le pas, témoigne de l’importance croissante de ces technologies dans l’écosystème économique mondial.
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