Rien n’a vraiment changé, hélas, depuis que le philosophe et théologien néerlandais Érasme de Rotterdam observait que l’esprit d’un politicard raté «est ainsi fait que le mensonge a cent fois plus de prise sur lui que la vérité». Aujourd’hui, cette espèce est en voie de prolifération.
Dans un podcast de plus de cinq heures, diffusé par un organe de presse appartenant à la chaîne Al-Jazira, installée à Doha, financée par la monarchie qatarie et dirigée par des experts américains, l’ancien chef du gouvernement Hichem Mechichi (du 2 septembre 2020 au 25 juillet 2021) a montré la prégnance de cette pratique, façon pour ce politicard, dont l’arrivée au pouvoir ne fut qu’un hasard désastreux, de regagner un peu du terrain perdu.
On n’aurait peut-être pas dû y prêter attention. Et puis quand même. Le problème ne se limite pas à une façon extrêmement malsaine d’aligner les mensonges en rafale. Il participe d’un prosélytisme politique des plus dangereux. Ce n’est qu’un métaphorique écran de fumée, un redoutable camouflage à motivation mensongère pour faire appel à l’émotion, à l’indignation et pour augmenter la visibilité et susciter le plus de réactions possibles, pour le meilleur, mais trop souvent pour le pire. Alors, tout a sonné faux et complétement erroné. Mechichi est allé de caricature en caricature. D’ailleurs, la question posée aujourd’hui par la plupart des Tunisiens est justement celle-ci : qui, au juste, est cette personne ? Et la réponse est bien sûr scandaleuse, troublante et polémique.
Hichem Mechichi concentre tous les ingrédients qui alimentent l’exaspération de la colère et de l’indignation. Il ne sait pas ce qu’il dit. De plus, il le dit très mal. On a assisté à l’introjection de l’inaptocratie arriviste dans la machine du pouvoir. C’est le degré zéro de la politique : pas de compétence, pas d’expérience, pas de style, pas de communication, pas de psychologie sociale, pas de crédibilité. Ce constat en dit long sur le dramatique analphabétisme politique de Hichem Mechichi. Cette évidence qui s’est imposée tout au long de son séjour à la Kasbah a fait peser une menace de mort sur notre pays : trente mille décès déclarés liés à la pandémie de Covid-19.
Faut-il pour autant qu’il aborde cette obscurité avec un angélisme incandescent ? Peut-il sortir de l’irrationnel, de l’émotionnel et du mensonge et faire un bilan réaliste de cette étape noire ?
Les mots ne sont pas de simples bulles de savon, surtout lorsqu’ils sont prononcés par un ancien chef du gouvernement. Malheureusement, Hichem Mechichi a franchi, dans cette interview, tous les cercles de l’enfer. Il est tombé petit, très petit, dans la marmite de l’abjection. Cela a jeté le doute sur son honnêteté surtout quand il s’est permis, sans vergogne, de dire qu’il a désamorcé la crise en apportant des réponses à la hauteur des attentes de la population. Foucade !
S’il est un «art» où les hauts responsables de la décennie de braise excellent, après la fin de leur séjour dans les «sérails» du pouvoir, c’est celui de multiplier les mensonges. Ils veulent démontrer qu’ils ont toujours eu un rapport particulier avec le peuple alors qu’en vérité, ils se trouvaient poursuivis, sur les rues de la colère populaire, par l’impulsivité des uns et les accusations des autres. Ils croient que, derrière ce spectacle dérisoire, le mensonge demeure intact, bien au contraire celui-ci est désormais l’objet d’un refus absolu et brutal.
Au-delà de l’instrumentalisation prévisible de cette interview, il faut souligner le piège que finit par représenter ce type de provocations, misérablement naïves, pour tous ceux qui se prêtent à des jeux de posture, sans vraiment se rendre compte qu’ils creusent ainsi leurs propres tombes politiques.
C’est d’honnêteté que nous avons besoin et de rien d’autre. Mais d’un mensonge à l’autre, l’abjection conduit toujours le bal.
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