Le coup d’envoi de l’AI Forward Summit 2025 a été donné ce mardi 2 décembre 2025 au Palais des Congrès à Tunis. Organisé par l’Organisation arabe des technologies de l’information et de la communication (AICTO) sous l’égide du ministère tunisien des Technologies de la communication, ce sommet international place la Tunisie au cœur des discussions sur l’avenir de l’intelligence artificielle, confirmant ainsi son ambition de jouer un rôle de premier plan dans le paysage numérique régional.

La cérémonie d’ouverture s’est déroulée en présence d’un parterre de hautes personnalités politiques et institutionnelles. Parmi elles figuraient Mohamed Ali Nafti, ministre des Affaires étrangères, de la Migration et des Tunisiens à l’étranger, Sofiene Hemissi, ministre des Technologies de la communication, ainsi qu’Ahmed Aboul Gheit, Secrétaire général de la Ligue des États arabes. L’événement a également accueilli des figures majeures des Nations unies, telles que Doreen Bogdan-Martin, Secrétaire générale de l’Union internationale des télécommunications (UIT), et Tawfik Jelassi, Directeur général adjoint de l’UNESCO. La Libye était représentée par Abdulbaset Salem Albaour, président de l’Autorité générale des communications, soulignant le rayonnement régional du sommet.

Sous le thème « De la société de l’information à la société de l’intelligence », le programme du sommet, qui s’étend du 30 novembre au 3 décembre 2025, vise à positionner le monde arabe comme un acteur crédible dans la gouvernance mondiale de l’intelligence artificielle. L’objectif affiché est de sortir du rôle de simple consommateur de technologies pour devenir un contributeur actif au développement de normes, de politiques et de solutions innovantes.
Le sommet s’appuie directement sur l’initiative arabe pour l’intelligence artificielle, adoptée lors du dernier Sommet arabe de Bagdad. Cette démarche ambitionne de créer un écosystème régional fondé sur la coopération, le partage de savoir-faire et la sécurisation de l’usage de l’IA, tout en la mettant au service du développement économique et social.
Parmi les temps forts, des sessions de haut niveau ont réuni décideurs politiques, experts, industriels et chercheurs, tandis qu’une réunion ministérielle WSIS+20 a dressé le bilan de vingt années de politiques numériques dans le monde arabe, point crucial pour mesurer le chemin parcouru et identifier les lacunes à combler face à la révolution technologique en cours.
En parallèle, un vaste salon technologique a permis de rapprocher l’innovation des réalités économiques. Entreprises, start-up et institutions publiques ont présenté leurs initiatives dans les domaines de la gouvernance des données, de la transformation numérique et des technologies émergentes, tout en abordant les enjeux éthiques liés à l’intelligence artificielle.
La Tunisie, malgré un contexte économique délicat et un retard structurel dans l’écosystème technologique, ambitionne de se repositionner comme plateforme régionale du numérique. Ce pari, audacieux et nécessaire, s’inscrit dans la volonté de ne pas rester en marge d’une transformation qui redessine les équilibres économiques, sociaux et géopolitiques mondiaux.

Lors de sa keynote, Dr. Bilel Jamoussi, Deputy Director of TSB et Chief of Study Groups & Policy Department (SPD) à l’UIT, a affirmé : « Nous sommes plus que la génération de l’IA : nous sommes la génération déterminée à façonner une intelligence au service du bien ». Dans son intervention, il a retracé l’évolution depuis la société de l’information, initiée avec l’arrivée d’Internet, jusqu’à la société de l’intelligence, en soulignant le rôle pionnier de la Tunisie, premier pays africain connecté en 1991.
Dr. Jamoussi a rappelé que, malgré les avancées, « 2,2 milliards de personnes dans le monde restent encore non connectées », pointant l’urgence de réduire la fracture numérique. Il a également évoqué l’initiative du Sommet Mondial de la Société de l’Information, lancé par la Tunisie en 1998, devenu aujourd’hui un événement officiel des Nations unies permettant de mesurer les progrès en connectivité, cybersécurité et gouvernance numérique.
Passant à l’ère de l’IA, il a mis en lumière les risques liés aux technologies comme les deepfakes, tout en présentant des exemples concrets de l’impact positif de l’IA : un patient atteint du locked-in syndrome a retrouvé sa voix grâce à un modèle vocal personnalisé, une sportive paralysée a pu remarcher avec un exosquelette intelligent, et des usines automatisées ont vu le jour, capables de produire plusieurs centaines de voitures par jour. Ces innovations sont encadrées par le mouvement AI for Good, qui rassemble plus de 50 agences de l’ONU et propose des outils de gouvernance, des défis éducatifs et une base de données de 700 standards mondiaux traduits dans les six langues officielles des Nations unies.
Le ministre des Technologies de la communication, Sofiene Hemissi, a quant à lui marqué l’ouverture du sommet avec l’annonce de la Déclaration de Tunis 2025, fruit d’un consensus international. Il a souligné le rôle singulier de la Tunisie, positionnée comme un carrefour stratégique entre l’Afrique, l’Europe et la Méditerranée, grâce à ses compétences humaines, son écosystème de start-up dynamique et ses universités reconnues. Selon lui, la Tunisie possède toutes les conditions pour devenir un hub régional de l’innovation et de l’intelligence artificielle, à condition d’allier performance technologique et inclusion numérique.
Pour Hemissi, l’IA dépasse désormais le stade expérimental et constitue « une force motrice du développement économique et social ». La Déclaration de Tunis 2025 définit les principes essentiels de cette transformation : placer l’humain au centre, garantir la souveraineté numérique, sécuriser le cyberespace, réduire les inégalités et instaurer une gouvernance éthique et responsable. Le ministre a insisté sur la nécessité d’investir massivement dans le capital humain, le soutien à la recherche et l’amélioration des services publics par l’IA, pour bâtir une société de l’intelligence inclusive et durable.