Le musée romain et paléochrétien de Carthage est de nouveau accessible au public après des travaux de rénovation commencés en avril 2024. Le ministre des Affaires culturelles, Amine Srarafi, a présidé la cérémonie d’inauguration, entouré de représentants de l’Institut national du patrimoine, de l’Agence pour la restauration du patrimoine et du développement culturel, et de plusieurs ambassades.
Initialement créé en 1984 dans le cadre d’un programme de l’UNESCO, ce musée présente la particularité d’exposer les découvertes archéologiques à l’endroit même où elles ont été faites. Selon le guide rédigé par les chercheurs Nejib Ben Lazreg et Sihem Aloui, le parcours permet de comprendre le développement de Carthage à la fin de la période romaine et au début de l’ère chrétienne. Le bâtiment, situé à Carthage Dermech, se dresse sur un site qui révèle une occupation continue. La pièce centrale de la visite est la Grande Église byzantine, qui mesure 36 mètres de long sur 25,5 mètres de large. Cette église à cinq nefs a été construite sur les fondations d’un édifice plus ancien de la fin du IVe siècle. Elle abrite un bassin baptismal de plan carré avec un noyau octogonal, un élément que les chercheurs Ben Lazreg et Aloui relient à l’importance spirituelle du baptême à cette époque.
Les objets exposés couvrent une large période historique. Le musée conserve deux mosaïques représentant des paons, trouvées en 1970-1971 et en 1984, ainsi qu’une collection de céramiques puniques et derméchiennes. On y trouve aussi des objets en métal et des monnaies, dont la plus ancienne est une pièce punique du IIIe siècle avant J.-C. L’œuvre la plus connue est la statue de Ganymède enlevé par Zeus, une sculpture en marbre qui a été reconstituée après avoir été retrouvée brisée en 17 morceaux à la suite d’un vol en 2013. Par ailleurs, les fouilles menées entre 1976 et 1984 ont mis au jour un complexe complet avec des logements, des ateliers et des citernes, ce qui montre que le site est resté occupé après la conquête arabe.
Lors de l’inauguration, le ministre Amine Srarafi a indiqué que cette réouverture s’inscrit dans un effort pour valoriser le patrimoine national. Il a ajouté que son ministère travaille à la réouverture des musées fermés dans tous les gouvernorats et coopère avec le ministère du Tourisme pour intégrer le patrimoine dans les programmes éducatifs et touristiques. De son côté, Rabia Belfguira, directrice générale de l’Agence pour la restauration du patrimoine, a fourni des chiffres concrets. Son agence a enregistré environ un million de visiteurs en 2024 et en vise 1,5 million pour 2025. Elle a souligné la nécessité de créer des itinéraires touristiques communs pour attirer une partie des 11 millions de touristes qui visitent annuellement la Tunisie. Elle a également annoncé des projets d’éclairage artistique sur des sites comme l’amphithéâtre d’El Djem et l’organisation de visites nocturnes. Ce musée a connu plusieurs fermetures, notamment en 2010, 2013, et après le vol de 2013. Réouvert en juin 2021, il a de nouveau fermé en mars 2024 pour des travaux qui ont inclus la rénovation des réserves en octobre 2024 et le réaménagement des abords en novembre 2024.