L’ancienne ministre du Tourisme, Amel Karboul, a livré un témoignage sur les réseaux sociaux après avoir été bloquée plusieurs jours à Dubai en raison de la fermeture de l’espace aérien provoquée par la guerre dans la région.
Alors qu’elle devait rentrer à London après deux semaines de réunions dans le Golfe, la situation sécuritaire a brusquement bouleversé son voyage. Vols annulés, espace aérien ouvert puis refermé et informations sécuritaires changeantes ont plongé de nombreux voyageurs dans l’incertitude.
Dans son témoignage, Amel Karboul explique avoir pris conscience de la réalité de la guerre lorsqu’on s’en rapproche. « On passe rapidement du rôle d’observateur à celui de personne directement concernée », a-t-elle écrit, évoquant l’inquiétude, la recherche d’un abri et les difficultés pour rentrer chez soi.
Après plusieurs jours d’attente, elle a finalement pu quitter la région par voie terrestre via Oman, avant de poursuivre son voyage par Cairo et rejoindre Londres. Elle conclut en soulignant la fragilité de la stabilité et la rapidité avec laquelle une situation peut basculer.
Voici le témoignage dans son intégralité traduit de l’anglais vers le français :
La guerre paraît très différente lorsqu’on s’en approche.
Après deux semaines intenses de réunions à travers le Golfe, je devais rentrer à Londres dimanche dernier pour retrouver mes enfants.
Mais la guerre soudaine dans la région a entraîné la fermeture de l’espace aérien. Ce qui devait être un simple retour à la maison s’est transformé en plusieurs longs jours d’incertitude à Dubaï : des vols qui apparaissaient puis disparaissaient, un espace aérien qui s’ouvrait brièvement avant de se refermer, des mises à jour sécuritaires qui arrivaient d’heure en heure, et des messages d’amis et de collègues essayant de m’aider à trouver une issue.
La première nuit, encore à l’hôtel, après des avertissements concernant de possibles interceptions, j’ai fait quelque chose que je n’avais plus fait depuis l’Ukraine : je me suis éloignée des fenêtres et j’ai passé une partie de la nuit dans la salle de bain, le seul endroit sans vitres.
Assise là, enveloppée dans une couette sur le sol, je me suis dit à quel point la vie peut basculer rapidement. Quelques heures plus tôt, j’étais encore dans le rythme familier des voyages, des réunions et des projets.
Soudain, j’ai réalisé à quelle vitesse on peut passer du rôle de commentatrice à celui de personne directement concernée. En quelques heures, je n’observais plus les événements de loin : je pensais désormais à l’abri, à la sécurité et aux itinéraires alternatifs pour rentrer chez moi.
Le lendemain, je me suis installée chez des amis, où je me suis sentie beaucoup plus en sécurité et profondément reconnaissante. Dans des moments comme ceux-là, la gentillesse et la solidarité des autres deviennent très concrètes.
Dubaï, de son côté, est restée calme et remarquablement bien organisée. J’ai été très impressionnée par la manière dont les autorités ont géré avec constance une situation pourtant très complexe, avec une communication mesurée et rassurante malgré les circonstances difficiles.
Et pourtant, la proximité change la perspective.
Elle change aussi la manière dont on lit l’actualité.
De loin, les guerres sont souvent discutées en termes de stratégie, d’alliances ou de dissuasion. Mais de près, le langage de la géopolitique laisse place à quelque chose de beaucoup plus humain : des parents inquiets pour leurs enfants, des blessés et des familles endeuillées dont la vie est soudainement bouleversée, et des millions de personnes qui se posent silencieusement la même question : serai-je en sécurité ?
Après plusieurs jours d’incertitude, j’ai finalement trouvé une issue par voie terrestre à travers Oman, puis en passant par Le Caire, avant de rentrer chez moi après un long et épuisant voyage — rendu possible uniquement parce que je disposais des bons passeports et visas.
Ce qui m’a le plus marquée durant ces jours, c’est aussi une prise de conscience silencieuse : la frontière entre stabilité et déplacement peut être très mince. En quelques heures, n’importe lequel d’entre nous peut se retrouver dépendant de la protection et de la bienveillance des autres.
Quand j’ai franchi la porte de la maison et serré mes enfants dans mes bras, ce moment a été différent.
Un peu plus long.
Un peu plus fort.
Reconnaissante d’être rentrée et rappelée, une fois de plus, à quel point les rythmes ordinaires de la vie sont précieux… et fragiles.
Mes pensées vont à mes amis à travers la région, ainsi qu’aux nombreuses personnes dans le monde qui vivent bien trop souvent sous l’ombre des conflits.
Quatre jours dans une vie normale passent vite.
Quatre jours passés à proximité d’un conflit donnent l’impression de durer un mois.
Le temps lui-même semble s’étirer différemment lorsque l’incertitude et la peur sont proches.
Comme on dit en Tunisie : « Seul celui qui marche sur des braises ardentes connaît vraiment leur chaleur. »
Être, même brièvement, proche d’un conflit rappelle à quel point cette vérité est juste — et combien nos discussions sur la guerre seraient différentes si davantage de décisions étaient prises au plus près de sa réalité humaine, plutôt qu’à distance.