Alors que le peuple tunisien s’apprête à célébrer l’Aïd el-Fitr et à commémorer le 70e anniversaire de la proclamation de l’Indépendance, un sentiment de stupeur a balayé le pays. A la veille de ces deux célébrations hautement symboliques, des images d’une violence inouïe ont circulé : celles d’un train de la SNCFT délibérément incendié après un accident tragique à Kalaâ Sghira.
Qu’on ne s’y trompe pas : nous faisons face à un précédent d’une extrême gravité. Si la douleur des proches de la victime — qui circulait à moto sur un passage informel — est légitime et compréhensible, la réaction qui en a découlé est, elle, injustifiable. Lapider un moyen de transport public pour ensuite l’embraser n’est plus une simple manifestation de colère, c’est un acte de vandalisme pur, dont la violence frôle le caractère terroriste par son impact sur la sécurité nationale et les services publics.
Cet acte criminel frappe une entreprise nationale déjà exsangue. La SNCFT, qui lutte quotidiennement contre le vieillissement de son parc et une pénurie chronique de matériel roulant, se voit amputée d’une unité précieuse, pénalisant ainsi des milliers d’usagers.
Il est impératif de souligner les responsabilités. Certes, les autorités ont été défaillantes dans la sécurisation de ce tronçon. Les appels répétés des habitants de la région pour sécuriser ce passage à niveau — théâtre de trop nombreux drames — sont restés lettre morte. Pour autant, cette négligence administrative ne saurait servir de sauf-conduit à la barbarie. Rien ne justifie que l’on se substitue à la justice par le feu et la destruction. Sans une réponse judiciaire d’une fermeté exemplaire, le risque est de voir s’instaurer une culture de l’anarchie où la loi du talion supplante celle de la République.
Ce qui demeure le plus préoccupant, au-delà de l’acte lui-même, est l’inertie des ministères de tutelle. A l’heure actuelle, ni le ministère du Transport ni celui de l’Intérieur ne se sont officiellement exprimés sur cet incident majeur.
On ne peut que déplorer la tiédeur du communiqué de la SNCFT, qui s’est contentée d’une narration factuelle des événements, sans condamnation vigoureuse ni annonce de mesures de sécurisation renforcées. Ce mutisme officiel est un signal dangereux : garder le silence face à une telle sauvagerie, c’est, d’une certaine manière, laisser la porte ouverte à la récidive et à la déliquescence de l’autorité de l’Etat.
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