Réunis à Hammamet dans le cadre de la 11ᵉ édition du Forum international de la santé numérique, experts, décideurs et professionnels du secteur ont ouvert les débats autour des transformations profondes que connaît aujourd’hui le système de santé à l’ère du numérique.
Lors de la séance d’ouverture ce vendredi 3 avril 2026, Ridha Kechrid, président du comité scientifique du forum, a dressé un constat sans équivoque : la transformation numérique de la santé n’est plus une projection, mais une réalité déjà à l’œuvre.
Selon lui, les évolutions en cours dépassent largement le cadre technologique. L’intelligence artificielle, les données de santé et la télémédecine ne se contentent plus d’accompagner le système : elles en redéfinissent les logiques, les organisations et les modes d’intervention. Une mutation profonde, qui impose de repenser à la fois les pratiques médicales et les modèles de prise en charge.
Dans cette perspective, le forum s’inscrit dans une approche résolument tournée vers les usages et les applications concrètes. Plusieurs axes structurants ont été mis en avant, notamment le déploiement de l’hôpital numérique, la mise en place du dossier médical partagé et l’essor de technologies émergentes comme les jumeaux numériques en médecine, ouvrant la voie à des approches plus prédictives et personnalisées.
Dr Kechrid a également souligné l’intégration progressive de l’intelligence artificielle dans différentes spécialités médicales, où ses apports commencent à produire des résultats tangibles. Une dynamique qui s’étend désormais à des secteurs stratégiques comme l’industrie pharmaceutique, directement impactée par ces transformations.
Mais cette accélération technologique ne va pas sans soulever des enjeux de fond. Cadre éthique, régulation, protection des données et responsabilité figurent parmi les questions centrales, conditionnant la confiance dans ces nouveaux outils et leur appropriation par les professionnels de santé comme par les patientes.
Dans ce contexte, la donnée de santé s’impose comme un levier stratégique. Sa collecte, son traitement et sa valorisation deviennent déterminants pour améliorer la qualité des soins, affiner la prise de décision médicale et réduire les inégalités d’accès.
Le président du comité scientifique a par ailleurs insisté sur la dimension internationale de ces transformations. Le développement et la régulation de l’intelligence artificielle en santé ne peuvent être envisagés à l’échelle d’un seul pays et nécessitent une coordination entre institutions, notamment à travers des organisations comme l’Organisation mondiale de la santé et l’Union internationale des télécommunications.
Il a également mis en avant l’importance des synergies entre le monde médical, les ingénieurs et les chercheurs, soulignant le rôle des institutions universitaires dans la structuration d’un écosystème d’innovation capable de produire des solutions adaptées aux réalités locales.
Au-delà des débats, le forum se veut aussi une vitrine pour les initiatives concrètes développées en Tunisie. Des solutions telles que la plateforme Najda ou les dispositifs liés à l’hôpital numérique illustrent le potentiel de l’innovation pour améliorer l’efficacité du système de santé et renforcer l’équité d’accès aux soins.
Les travaux du forum se poursuivent jusqu’à demain, samedi, avec au programme plusieurs sessions consacrées notamment aux applications concrètes de l’intelligence artificielle, aux enjeux éthiques et à la coopération internationale en matière de santé numérique.