La 40e édition de la foire internationale du livre de Tunis, se tiendra pour cette année 2026 du 23 avril au 3 mai. Pendant une dizaine de journées, les inconditionnels du livre se régaleront avec les dernières parutions éditées en Tunisie ou ailleurs dans le monde arabe ou venant d’autres horizons culturels. Comme à l’accoutumée, des rencontres avec des auteurs, des débats autour de certains thèmes qui concernent le livre seront au programme en marge de la foire qui constitue désormais, grâce à une expérience de 40 années, un rendez-vous incontournable aussi bien pour les professionnels que pour les amateurs du livre.
Elle doit constituer également une occasion pour poser les questions qui, désormais, deviennent urgentes, voire brûlantes, à propos de la situation actuelle du livre, mais surtout, son avenir.
Il devient plus qu’évident que la concurrence à laquelle fait face le livre ne date pas d’aujourd’hui. Depuis l’avènement de l’ère numérique, le livre a subi d’importantes secousses, notamment au niveau de sa commercialisation en tant que support physique. Internet a progressivement occupé un champ qui était traditionnellement consacré aux auteurs, aux libraires et aux éditeurs. Il devient désormais assez courant de voir un grand éditeur ou un grand libraire fermer boutique, pour la simple raison que le livre ne se vend plus comme c’était le cas avant. La vente, par l’intermédiaire des canaux classiques n’arrive plus à couvrir le coût de production. Avec des prix du papier, et d’autres ingrédients, nécessaires à la production du livre, constamment en hausse sur les marchés mondiaux. Le livre en tant que support reçoit, de jour en jour, des coups.
Tout cela aurait pu être surmonté si, en contrepartie, la demande sur le livre, de la part du lecteur est conséquente. Or, un défi majeur s’oppose, c’est la numérisation du livre, plus accessible et moins coûteuse, qui génère une baisse sur la demande.
Les challenges auxquels fait face le livre sous sa forme classique semblent s’accentuer et aller crescendo, menaçant sérieusement l’avenir du livre. Nous ne pouvons pas, dans ce contexte, omettre l’implication de l’Intelligence artificielle (IA) qui semble porter un grand coup au livre, et qui pourrait être fatal, si des mesures, des normes et des standards, ne sont pas établis, à l’échelle internationale, mais aussi nationale.
Pour revenir à la situation tunisienne, et au statut qu’occupe le livre dans la liste des intérêts du Tunisien, il semble que la problématique devrait être posée sur la plus large des échelles. Déjà le constat est sans équivoque. Le Tunisien ne lit plus.
Que dire alors concernant les générations futures, pour qui le livre est supposé être le support principal qui leur permet de forger une personnalité. Or, cultiver l’amour du livre chez ces nouvelles générations est tributaire du rôle de la famille, et surtout du rôle de l’école. Or, le fait que le livre n’intéresse plus ces nouvelles générations, plus branchées sur leurs téléphones portables que sur un livre, ne fait que confirmer l’échec de l’école et de la famille dans ce domaine.
La 40e édition de la foire du livre pour cette année 2026, devrait être l’occasion aussi pour nous interpeller sur ces questions brûlantes et urgentes. Car les inconditionnels du livre commencent à paraître en Tunisie comme une espèce en voie d’extinction.
Krimi Abderrazek