Dans son bulletin publié hier, la Banque Centrale de Tunisie (BCT) a fait état de la situation financière à la date du 6 avril 2026. Selon les chiffres présentés par la BCT, les avoirs nets en devises étrangères ont atteint 24,5 milliards de dinars, soit l’équivalent de 103 jours d’importation. La BCT a noté aussi une hausse de 6,5 % au niveau des revenus du travail et de 4,5 % au niveau des recettes en provenance du secteur du tourisme. Le bulletin de la BCT note aussi une croissance de 17,3 % au niveau de la monnaie en circulation sur le marché tunisien et une forte réduction du déficit à la fin du mois de février 2026.
A priori, ces chiffres officiels publiés par l’autorité compétente en matière de finance, dont le rôle est, entre autres, de suivre, de superviser le marché monétaire et de prendre les mesures régulatrices qui permettent d’anticiper et de contrôler l’inflation, ne peuvent que donner l’impression d’une situation économique stable et d’une vision optimiste pour l’avenir.
Or, on le sait très bien, la vraie économie, ce n’est pas celle qui apparaît dans des bulletins ou des statistiques, à travers des chiffres incompréhensibles, sauf pour une élite de spécialistes. La vraie économie, c’est celle qui se fait ressentir au niveau du quotidien du citoyen. Sur ce plan-là, la situation est loin d’être stable.
Notons tout d’abord que ce dernier bulletin de la BCT n’a pas dérogé aux bulletins précédents sur un point fondamental. Il consiste en cette focalisation sur deux secteurs qui alimentent les finances de l’État et maintiennent une marge de sécurité acceptable au niveau des avoirs en devises : le secteur du tourisme et les revenus du travail. Or, l’économie et les recettes financières d’un pays stable ne peuvent pas reposer uniquement sur ces deux secteurs, de surcroît fragiles, étant donné qu’ils dépendent de facteurs externes et de la conjoncture mondiale en général.
Dans ce contexte, nous sommes en droit de nous demander : qu’en est-il des secteurs exportateurs vitaux pour l’économie tunisienne, à l’instar du secteur du phosphate et des engrais chimiques ? L’on connaît tous la crise structurelle par laquelle passent des compagnies telles que la Compagnie du Phosphate de Gafsa et le Groupe Chimique de Gabès. Les difficultés par lesquelles passent ces deux grandes entreprises publiques n’affectent-elles pas les recettes en devises de l’État ? Qu’avons-nous fait pour combler ce déficit et maintenir un semblant d’équilibre au niveau de notre réserve en devises étrangères ?
La Tunisie est aussi un pays dont l’économie repose en grande partie sur son agriculture, dont une grande partie de la production est destinée à l’exportation, à l’instar des dattes, de l’huile d’olive et de bien d’autres produits agroalimentaires, sources aussi de recettes conséquentes pour le Trésor de l’État. Qu’en est-il de ce secteur qui connaît une forte concurrence sur les marchés mondiaux et dont les revenus ne cessent de baisser sous l’effet de plusieurs facteurs, endogènes et exogènes ?
Avec un taux de chômage qui ne cesse de croître, des PME en grande difficulté, des entreprises publiques en crise structurelle, une capacité d’achat du citoyen qui ne cesse de se rétrécir comme peau de chagrin, un déficit énergétique désormais reconnu, une pénurie constatée sur le marché pour plus d’un produit de première nécessité (produits alimentaires, médicaments, etc.), l’on se demande quelles solutions magiques avons-nous préconisées pour garder ce tableau positif présenté par la Banque centrale ?
Krimi Abderrazek