Une opération sécuritaire de large envergure a eu lieu dans les 48 heures précédentes. Elle a permis le démantèlement d’un réseau international de fabrication et de trafic des pilules narcotiques, actif dans la région de l’Ariana.
Les statistiques du ministère de l’intérieur, publiés au mois de Mars 2026, indiquent que rien que pour l’année 2025, 14 300 affaires liées aux stupéfiants ont été enregistrées avec 20 289 personnes arrêtées.
L’étaux sécuritaire exercé contre ce genre de trafic, non seulement illicites, mais avec des retombées désastreuses aussi bien pour les individus que pour la société toute entière, ne semble pas dissuader les trafiquants.
Selon Assabah News, la quantité de pilules saisie est « inédite et inquiétante ». Pour la première fois, selon la même source, la brigade des stupéfiants relevant du ministère de l’intérieur a saisi 14 000 pilules prête à circuler dans le « marché » et 10 millions de pilules en cours de fabrication.
La vigilance des appareils sécuritaires est ainsi à saluer. Car en démantelant ce réseau, ils ont démontré d’une part, qu’un changement de stratégie dans la manière d’opérer en Tunisie des réseaux transfrontaliers de trafic de drogue est en train de se produire. La Tunisie n’est, désormais, plus uniquement un pays de transit, mais un pays producteur aussi. Et d’autre part, elles ont montré que la Tunisie dispose d’une forte compétence en matière de lutte contre le trafic de narcotique et que la brigade, relevant du ministère de l’intérieur, en charge de la question a acquis l’expérience nécessaire lui permettant d’être un bouclier qui protège la société entière de ce fléau.
Cependant, un constat partagé devrait être, encore une fois, mis en évidence. C’est que la lutte contre le trafic de drogues, sous ses différentes formes, n’est pas uniquement l’apanage du ministère de l’intérieur et de ses brigades spécialisées. C’est aussi du domaine d’autres départements gouvernementaux et de la société civile, chacun dans le cadre de sa compétence. En particulier les ministères de l’éducation et de la santé, mais aussi le secteur des médias.
Car, on doit l’avouer, le phénomène de la consommation des narcotiques gangrène désormais la société dans toutes ses catégories et couches sociales. Sans une culture hostile qui s’ancre de plus dans les esprits de tous, notamment les jeunes, les efforts fournis pour lutter contre les narcotiques resteront vains.
Or, force est de constater, d’une part, la défaillance de notre système éducatif à constituer l’un des piliers de la lutte contre la drogue et d’autre part, le manque de dispositif sous la tutelle du ministère de la santé permettant une meilleure prise en charge pour la désintoxication des personnes addictées.
Mais, la chose qui devrait faire réellement l’objet d’un débat sociétal, c’est le rôle des médias qui sont, non seulement désengagés face à ce phénomène, mais constituent à plus d’un égard un outil de sa promotion. Il suffit de regarder les séries télévisées produites depuis quelques années par des chaines privées, et parfois publiques, pour constater qu’elles contribuent à ce ravage causé par la drogue dans notre société. En présentant le dealer et le consommateur sous l’habit du héros qui suscite la sympathie et l’empathie, ces médias ignorent, semble-t-il, le tort qu’ils causent pour toute la société. Et là, c’est à l’état de jouer pleinement son rôle régulateur. Car interdire un mal ne peut jamais être assimilé à une atteinte à la liberté de la création artistique.
Krimi Abderrazek