Le coup d’envoi officiel de la Saison Méditerranée 2026 a été donné ce vendredi 15 mai à Marseille par une délégation de ministres et de figures de la culture. Malgré une météo fraîche de 12°C, le public a répondu présent pour le lancement de cette manifestation culturelle et diplomatique. Coordonné par l’Institut français pour concrétiser les engagements pris par l’exécutif en 2023, ce projet propose six mois de programmation pour donner la parole aux artistes et aux sociétés civiles, dans un contexte régional pourtant traversé par de profondes lignes de fracture.
Une inauguration sous le signe de la diplomatie et de la jeunesse
Portée par une ambition politique forte initiée par Emmanuel Macron en juin 2023, cette manifestation est co-pilotée par le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères et le ministère de la Culture. Coordonné par l’Institut français sous le commissariat général de Julie Kretzschmar, le projet a été officiellement lancé en présence de Jean-Noël Barrot (Affaires étrangères), Catherine Pégard (Culture) et du maire de Marseille, Benoît Payan. La soirée d’ouverture a été magnifiée par la prestation envoûtante de la chanteuse et actrice Camélia Jordana.
Lors de son discours, Jean-Noël Barrot a souligné toute l’ambivalence de cet espace :
« La Méditerranée est une zone hautement stratégique pour la prospérité du monde, où passe un quart du transport maritime, mais c’est aussi le cimetière de ceux qui fuient la guerre. La France défend un agenda méditerranéen tourné vers la jeunesse et les diasporas, les sociétés civiles et les associations. »
Preuve concrète de cette volonté d’ouverture, le ministre a annoncé l’octroi d’un visa au poète palestinien Mahmoud Al Shaer pour lui permettre de participer aux rencontres, assurant que « d’autres suivront ».

« Arriver, Partir, Revenir » : L’art face aux fractures du monde
Avant d’irriguer plus de 60 villes de France et de résonner dans les cinq pays partenaires principaux (Tunisie, Maroc, Algérie, Égypte et Liban), la Saison s’installe à Marseille jusqu’au 24 mai avec sa séquence inaugurale baptisée « Arriver, Partir, Revenir ».
Créer un tel événement a pourtant relevé du tour de force. Entre le déclenchement de la guerre à Gaza après le 7 octobre, des relations franco-algériennes quasiment à l’arrêt, le marasme économique libanais et les contextes politiques complexes en Égypte et en Tunisie, la préparation a été percutée par l’actualité. « Les conflits infusent, colorent cette saison », confie la commissaire Julie Kretzschmar, qui a dû jongler entre les récits artistiques parfois critiques et les impératifs diplomatiques.
Les œuvres présentées reflètent cette poignante lucidité collective :
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Sur le J4 : L’artiste palestinien Shareef Sarhan expose son phare monumental, le « Gaza Lighthouse ». Confectionné à partir de débris d’anciennes guerres menées sur l’enclave, il s’agit d’une réplique de l’original qui trônait sur le rond-point du Port de Gaza, détruit en 2023.
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Sur la Digue du Large : Le metteur en scène Sébastien Kheroufi présente « Du sel dans les yeux », une fresque théâtrale politique, sociale et familiale tendue entre la France et l’Algérie.
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Au Jardin du Pharo : Le concert Héritières du futur a réuni trois générations de femmes (Najat Aatabou, Emel, et Nayra) pour une véritable révolution sonore.
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À la Citadelle : L’exposition « Résistances & Désobéissances » ouvre ses portes pour faire écho aux luttes contemporaines.
La Saison Méditerranée 2026 en chiffres clés
L’ampleur de la Saison Méditerranée 2026 s’illustre par des chiffres ambitieux qui témoignent de son rayonnement national et international. Déployée sur une durée de six mois, du 15 mai au 31 octobre 2026, cette manifestation propose une programmation riche de plus de 200 événements pluridisciplinaires, mêlant arts visuels, cinéma, musique, théâtre, littérature et débats d’idées. Ce foisonnement créatif mobilise 14 disciplines artistiques et numériques différentes et s’appuie sur un ancrage territorial solide, avec plus de 60 villes françaises partenaires, dont Paris, Lille et Montpellier. Enfin, le projet affirme sa dimension diplomatique en plaçant un focus international sur cinq pays partenaires prioritaires : la Tunisie, le Maroc, l’Algérie, l’Égypte et le Liban.
Une programmation mémorielle à suivre tout l’été
Au-delà des performances vivantes, la Saison se déclinera à travers une série d’expositions majeures dans les musées marseillais. Dès le 16 mai, le Centre Photographique Marseille propose notamment « Photo Kegham de Gaza : une archive inachevable », mettant en lumière le travail historique et mémoriel de Kegham Djeghalian Sr.
Malgré les vents contraires de la géopolitique et la fraîcheur printanière de ce week-end d’ouverture, la Saison Méditerranée 2026 s’affirme déjà comme un espace de résistance culturelle et un canal de dialogue indispensable pour l’avenir des deux rives.
*Crédit photo: Vincente Briata