Lors de l’assemblée générale ordinaire (AGO) de la SFBT, tenue ce lundi 19 mai 2026 à Tunis, le directeur général, Elyes Fakhfakh, a dressé un état des lieux de la situation financière du groupe et du contexte économique dans lequel il a évolué en 2025.
Il a souligné que, malgré un environnement international particulièrement contraignant — marqué par la poursuite du conflit en Ukraine, l’instabilité persistante au Moyen-Orient, les tensions commerciales mondiales et les politiques économiques prudentes adoptées par plusieurs régions —, la SFBT n’a procédé à aucune hausse de prix depuis le 15 février 2024, que ce soit pour la bière ou pour les boissons gazeuses.

Il a fait savoir, dans ce même cadre, que le groupe continue d’absorber la taxe de 3 % sur le chiffre d’affaires introduite par la loi de finances 2024, et ce, en dépit du quasi-doublement du prix du sucre. Cette charge fiscale représente aujourd’hui 22,9 MDT par an pour la société. Il a également fait remarquer qu’avec cette redevance de 3 %, la taxation globale pesant sur les boissons gazeuses atteint le taux exorbitant de 51,75 %. Le groupe ne cesse d’ailleurs de sensibiliser les autorités compétentes à ce sujet, tant cette pression fiscale menace la pérennité des petites filiales du Groupe.
Un redressement de 11,5 MDT
Il a en outre relevé que, contrairement aux exercices précédents, la SFBT n’a pas pu bénéficier du code E120. Celui-ci lui permettait d’importer du sucre au prix international, soit 1,425 DT/kg, contre les 2,908 DT/kg pratiqués par l’Office du commerce de Tunisie (OCT), creusant ainsi un écart de coût considérable pour le groupe.
Par ailleurs, l’année 2025 a également été marquée par un contrôle douanier portant sur les 20 dernières années, qui s’est soldé par un redressement de 11,5 MDT, ainsi que par un contrôle fiscal approfondi mené par la Brigade fiscale. Ce dernier a été suivi d’une campagne de désinformation sur les réseaux sociaux et dans certains médias, ce qui a eu un effet négatif sur le cours boursier de la société. Ce contrôle se poursuit actuellement au niveau de la Direction générale des impôts, et ses résultats sont toujours attendus.
Enfin, dans une optique de diversification de son portefeuille et de renforcement de sa croissance, Elyes Fakhfakh a annoncé que la société a lancé en 2025 un projet stratégique visant l’acquisition de Carthage Grains, leader national dans la transformation du soja et du colza pour la nutrition animale et l’huile végétale. Les audits préalables (due diligences) financiers et juridiques ont été finalisés et les négociations contractuelles sont en cours. D’autres opportunités de diversification sont également à l’étude, selon ses dires.
S’agissant des ventes nettes de l’année 2025, elles sont passées à 1 732 124 hl, soit une augmentation de 2,30 % par rapport à 2024. Sur le marché local, les ventes nettes ont toutefois enregistré une baisse de 11,80 % en 2025 par rapport à l’année précédente. Cette évolution s’explique principalement par le transfert d’une partie de l’activité de SFBT Charguia vers la SGBIA, ayant entraîné une diminution des volumes. Par ailleurs, les ventes des différentes eaux minérales du Groupe se sont élevées, en 2025, à 8 017 860 hl, soit une augmentation de 4,98 % par rapport à 2024.
Légère hausse du CA de la SFBT (+0,81 %)
Le directeur général a tenu à préciser qu’en 2025, le chiffre d’affaires de la SFBT a légèrement progressé de +0,81 %, passant de 836,6 MDT à 843,4 MDT, traduisant une stabilité d’ensemble. Cette évolution est portée principalement par la bière avec une croissance de +3,65 %, la bière sans alcool (+2,32 %) et les boissons gazeuses en verre consigné (+2 %).
Cette dynamique positive est toutefois partiellement neutralisée par la baisse du chiffre d’affaires des boissons gazeuses en boîtes, PET et fûts (-9,82 %), expliquée par le transfert partiel des ventes de l’usine de Charguia à la SGBIA, ainsi que par la contraction des ventes de jus (-24,12 %). Le résultat d’exploitation a augmenté de 6,02 % par rapport à 2024, et ce, après la reprise de provisions de 7,5 MDT et la constitution de nouvelles provisions pour un montant de 19,8 MDT.
Cette progression traduit une meilleure maîtrise des charges et une amélioration de la rentabilité opérationnelle, rendues possibles grâce à la tendance baissière des cours des principales matières premières. Cette dynamique positive se reflète également au niveau du résultat des activités ordinaires avant réinvestissement et impôt, qui progresse de 5,78 % à la suite de l’augmentation des dividendes reçus des filiales (pour un montant de 13,98 MDT) et des revenus des placements financiers (pour un montant de 1,36 MDT), en dépit de la baisse du taux du marché monétaire et des conditions de placement.
De nouvelles charges liées aux redressements douanier et fiscal
Ces augmentations ont permis à la société de faire face à de nouvelles charges liées aux redressements douanier et fiscal, pour un montant global de 5,2 MDT réparti entre la Douane (1,1 MDT) et les dettes fiscales (4 MDT), ainsi qu’à la dépréciation de la participation dans la société SMVDA RAOUDHA pour un montant de 3,9 MDT.
Au final, après déduction de l’impôt sur les sociétés de 56,2 MDT et de la contribution sociale de solidarité de 8,4 MDT, le résultat net de l’exercice s’établit à 267,2 MDT, en progression de 5,97 % par rapport à 2024, confirmant la solidité de la performance globale malgré un environnement contraignant.

Quant aux revenus consolidés, ils sont passés de 1,396 milliard de dinars en 2024 à 1,445 milliard de dinars en 2025, soit une hausse de 48,8 MDT représentant une progression de +3,5 % d’une année à l’autre. S’agissant du résultat des activités ordinaires avant impôts, il est passé de 386,2 MDT en 2024 à 393,7 MDT en 2025, soit une amélioration de 7,5 MDT (+1,95 %) due, notamment, aux bonnes performances du Groupe et à la baisse des charges financières (qui sont passées de 15,9 MDT en 2024 à 10,2 MDT en 2025), et ce, malgré le repli des revenus des placements (passés de 60 686 011 DT en 2024 à 56,6 MDT en 2025).
En réponse à une question portant sur les redressements fiscal et douanier auxquels est confrontée la SFBT, Mustapha Abdelmoula, président du conseil d’administration, a tenu à rassurer les actionnaires. Il a souligné qu’il s’agit d’une procédure professionnelle et objective qui concerne l’ensemble des secteurs d’activité, et non pas uniquement la SFBT. Il a rappelé à cet égard que le Groupe collecte au profit de l’État environ 1 milliard de dinars par an, assurant que les montants concernés sont d’ores et déjà provisionnés et qu’il n’y a pas lieu de s’inquiéter.
Il a en outre précisé que ces redressements et procédures judiciaires ne sont pas définitifs, et que la SFBT mène des discussions constructives avec l’administration fiscale tout en étant parfaitement en mesure de défendre ses droits si nécessaire. Il a conclu en affirmant que la SFBT est une société irréprochable en matière de transparence, qui n’a rien à dissimuler et qui saura faire valoir ses intérêts : « Nous sommes une société super transparente », a-t-il soutenu.
Khadija Taboubi