L’armée malienne a été accusée par les indépendantistes du Front de Libération de l’Azawad (FLA) d’avoir utilisé des Armes à Sous Munition (ASM). Le FLA a dénoncé, dans un communiqué rendu public le 19 Mai 2026, l’utilisation par l’armée gouvernementale d’une arme dont la prohibition est entrée en vigueur depuis 2010 dans le cadre du Traité d’Oslo, ratifié à l’époque par le pouvoir civil en place au Mali.
Le Collectif pour la défense des droits du peuple de l’Azawad/Nord-Mali a consigné l’utilisation de ces sous-munitions dans au moins deux cas : le vendredi 15 mai à Oubder, près d’In-Gouzma, dans la région de Tombouctou, puis dimanche 17 mai à Tadjmart, près d’Agulehoc, dans la région de Kidal. Ce que d’autres sources locales et spécialistes de la veille sécuritaire ont également confirmé à RFI.
Les deux frappes aériennes des 15 et 17 mai ont été, en outre, revendiquées officiellement par l’armée malienne dans un communiqué diffusé sur les réseaux sociaux. Dans ce communiqué, l’armée ne précise pas quelles munitions elle a employé.
Des images transmises par RFI montrent des BSM utilisés par l’armée malienne et ses partenaires russes de l’Africa Corps. Sur ces images, il a été possible « identifier une bombe RBK 500-2.5 et des sous munitions ShOAB-0.5 de fabrication russe récemment utilisées en Ukraine et en Syrie » rapporte TV5.
L’utilisation de ces bombes et de bien d’autres armes prohibées à l’instar des armes chimiques et biologiques, des mines anti-personnel, des lasers, des armes à fragmentation indétectable, des balles « Dum-Dum » et des armes incendiaires, constitue, pour le Droit International Humanitaire (DIH), un crime de guerre.
Cette prohibition est due au fait que, dans la majorité des cas, ce sont les populations civiles qui se trouvent victimes de leur utilisation, étant donné qu’elles ne distinguent pas entre cible militaire et cible civile. Et d’autre part, du fait qu’elles causent des dégâts démesurés qui dépassent l’objectif militaire à atteindre.
Pour les ASM, leur particularité consiste dans leur capacité de contenir une multitude de sous bombes pouvant atteindre, selon le site Cat-Uxo, spécialisé dans le déminage 565 pièces. A leur libération de la bombe mère, elle se dispersent aléatoirement dans l’espace ne distinguant ainsi pas entre cible militaire et civile.
Une première dans la région
L’utilisation de cette arme constitue, de toute évidence, une première dans la scène des conflits armés de la région subsaharienne. C’est la raison pour laquelle une grande inquiétude règne aussi bien chez les acteurs humanitaires que chez les gouvernements de la région eux même.
« C’est inquiétant et c’est dangereux pour les civils, c’est dangereux pour les enfants qui peuvent jouer avec, les utiliser ou les toucher, et cela peut être mortel. Pour les éleveurs aussi. Des gens qui ne connaissent pas, qui ne savent pas de quoi il s’agit peuvent les toucher, et ça peut faire des victimes » affirme à RFI le secrétaire général du FLA.
Krimi Abderrazek