Le génocide étendu que mène Israël au Liban depuis le début du mois de mars devrait plonger l’économie libanaise dans une contraction d’au moins 7 % cette année, avec un coût total avoisinant les 20 milliards de dollars, selon les projections du ministre des Finances, Yassine Jaber, communiquées à l’agence Reuters.
Les hostilités ont éclaté le 2 mars, lorsque le Hezbollah a tiré vers Israël en signe de soutien à l’Iran. Cette nouvelle guerre s’ajoute à une série de crises qui ont déjà durement éprouvé le Liban : l’effondrement financier de 2019 et le précédent conflit de 2024 entre le Hezbollah et l’État hébreu.
Dans un entretien accordé mercredi, Yassine Jaber a indiqué que la contraction de l’activité économique pourrait se situer entre 7 % et 10 % sur l’ensemble de l’année 2026. Les dommages, directs et indirects, pourraient atteindre jusqu’à 20 milliards de dollars. À titre de comparaison, la Banque mondiale avait évalué à au moins 14 milliards de dollars le coût de la guerre de 2024, en combinant destructions matérielles et pertes économiques. Cette même institution avait également constaté une contraction de 7,1 % du PIB réel libanais en 2024, portant le recul cumulé depuis 2019 à près de 40 %.
Interrogé par L’Orient-Le Jour, le ministre a précisé que le montant de 20 milliards ne couvre pas exclusivement la guerre déclenchée le 2 mars, mais intègre également les destructions héritées du conflit de 2024. L’estimation de son ministère prend en compte les dégâts physiques causés lors des deux périodes de guerre, ainsi que les pertes financières et les manques à gagner. Cette évaluation provisoire précède celle que devrait publier prochainement la Banque mondiale, qui appliquera la méthodologie déjà utilisée en 2024 et 2025. Une source proche du ministère des Finances a confié à L’Orient-Le Jour que cette estimation s’appuie sur les travaux non encore publiés de la Banque mondiale, ainsi que sur les données du CNRS (Conseil national de la recherche scientifique) et du ministère de l’Économie concernant l’impact sur le tissu productif.
En janvier dernier, la Banque mondiale envisageait une timide reprise pour 2026, avec une croissance de 4 %, à condition que le pays reste stable, bénéficie d’une aide à la reconstruction et poursuive ses réformes financières. Mais la reprise du conflit a balayé ces prévisions. Yassine Jaber a indiqué que le gouvernement espérait initialement dégager un excédent budgétaire cette année ; au lieu de cela, il a dû consacrer 50 millions de dollars de fonds publics à l’aide d’urgence pour plus d’un million de déplacés. Malgré un cessez-le-feu annoncé le 16 avril, les belligérants s’accusent mutuellement de violations. Israël continue de frapper le sud et l’est du Liban, tandis que ses troupes rasent des habitations dans une bande frontalière au sud, invoquant des impératifs de sécurité. De son côté, le Hezbollah maintient ses tirs vers le nord d’Israël et contre des positions militaires israéliennes à l’intérieur du Liban. Selon les autorités locales, plus de 3 000 personnes ont été tuées depuis le 2 mars.
Yassine Jaber a souligné que l’ampleur finale des dégâts économiques dépendra de trois facteurs : le volume des transferts d’argent en provenance des pays du Golfe, le succès de la saison touristique estivale, et la poursuite ou non des frappes israéliennes qui détruisent les biens et les moyens de subsistance. Les transferts de fonds constituent un pilier essentiel de l’économie libanaise. Des centaines de milliers de Libanais expatriés dans les monarchies du Golfe envoient de l’argent au pays ou y reviennent pour les vacances, y dépensant leurs revenus. Mais la guerre affecte également les économies du Golfe, ce qui inquiète le ministre : « Cette fois, les régions où travaillent les Libanais sont elles-mêmes touchées », a-t-il déclaré.
L’aide internationale reçue par le Liban est bien inférieure à celle de la guerre de 2024, selon Yassine Jaber. À l’époque, le pays avait obtenu 700 millions de dollars d’aide humanitaire et des dizaines d’avions chargés de matériel. Malgré la visite du secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, et un appel à mobiliser 300 millions de dollars, seulement 100 millions ont été décaissés. Un prêt de 200 millions de dollars de la Banque mondiale et une subvention de 45 millions d’euros de l’Union européenne ont apporté un certain répit. « Nous dépendons aujourd’hui des prêts. Nous ne recevons pas beaucoup de dons », a regretté le ministre. Les recettes fiscales de l’État sont en baisse. Cependant, le gouvernement parvient à maintenir la valeur de la livre libanaise face au dollar – un rare point lumineux dans un tableau économique par ailleurs très sombre. « Nous sommes épuisés. Notre capacité à tenir est mise à l’épreuve sans cesse. Je pense que les Libanais sont fatigués de cela », a conclu Yassine Jaber.
MBY