Selon une information du Financial Times (FT) parue jeudi, les autorités saoudiennes ont interrompu l’attribution de nouvelles missions aux firmes de conseil occidentales présentes dans le royaume et auraient également reporté certains règlements financiers. Cette mesure intervient alors que Riyad subit des tensions budgétaires accrues ainsi que les contrecoups du conflit déclenché contre l’Iran le 28 février dernier par les États-Unis et Israël. Les hostilités ont embrasé l’ensemble du Moyen-Orient, le royaume wahhabite ayant été la cible de tirs de missiles et de drones iraniens sur son sol, tout comme les autres monarchies du Golfe.
Le FT rappelle que l’industrie du conseil a connu une expansion remarquable en Arabie saoudite depuis une dizaine d’années, avec une implication étroite de cabinets internationaux comme McKinsey, Boston Consulting Group et les Big Four (Deloitte, PwC, Ernst & Young et KPMG) dans la mise en œuvre du programme de transformation baptisé Vision 2030. Le journal britannique souligne que cette orientation semble indiquer un renforcement du contrôle sur les dépenses publiques et les investissements, lesquels avaient considérablement augmenté dans le cadre de l’ambitieux plan Vision 2030 porté par le prince héritier Mohammed ben Salmane. Ces mesures interviennent dans un contexte de flambée des prix mondiaux du pétrole, consécutive à la fermeture du détroit d’Ormuz par l’Iran. Vision 2030, lancé en 2016, constitue le projet phare de diversification économique du royaume, visant à réduire sa dépendance aux hydrocarbures et à développer les secteurs du tourisme, des loisirs, des infrastructures et des technologies.
Avant même le déclenchement du dernier conflit, Riyad avait entamé une réévaluation de certains de ses projets les plus ambitieux en raison de pressions croissantes sur ses finances publiques. Plusieurs mégaprojets ont ainsi été reportés, revus à la baisse ou réexaminés, notamment certaines composantes de Neom – en particulier The Line, la cité linéaire de 170 kilomètres initialement prévue. Des responsables saoudiens ont confié au FT que la guerre a offert au royaume des motifs supplémentaires pour modérer ses ambitions, alors qu’il doit désormais augmenter ses budgets de défense et développer ses infrastructures en mer Rouge en raison de la fermeture du détroit d’Ormuz. L’un d’eux a indiqué que les « décisions » concernant les nouvelles attributions de contrats et le règlement des factures avaient été différées jusqu’à la fin du deuxième trimestre en cours. Selon le FT, ces reports « mettent en lumière des tensions dans le royaume autour du rôle démesuré des cabinets de conseil ». La plateforme Semafor rapportait jeudi que cette décision saoudienne s’applique aux ministères ainsi qu’aux entités sous contrôle étatique, y compris le Public Investment Fund – le fonds souverain du royaume qui gère près de 1 000 milliards de dollars – et nombre de ses filiales. Semafor précise que cette mesure, émise au début du mois, reste en vigueur jusqu’à fin juin.
Cependant, le ministère saoudien des Finances a démenti l’existence de retards de paiement, affirmant au FT que depuis le début de l’année 2026, « 99,5 % » des factures avaient été « réglées dans les délais contractuels ». Le FT souligne par ailleurs que le rapport budgétaire trimestriel du ministère des Finances, publié ce mois-ci, fait apparaître un creusement du déficit budgétaire à 125,7 milliards de riyals saoudiens (33,5 milliards de dollars) au premier trimestre – son niveau le plus élevé depuis 2018 – tandis que les dépenses militaires ont progressé de 26 %.
MBY