La ville de Monastir s’apprête à devenir la capitale intellectuelle du patrimoine tunisien à l’occasion de la cinquième édition de sa prestigieuse rencontre scientifique. La Bibliothèque régionale de Monastir accueillera cet événement d’envergure nationale placé sous une thématique ambitieuse explorant le Sahel à travers les âges à l’aide d’études approfondies en histoire, en archéologie et en patrimoine.
Organisé sous l’égide des ministères des Affaires culturelles et de l’Enseignement supérieur, ce colloque est coordonné par le docteur Jihad Souid avec la collaboration d’une équipe d’universitaires chevronnés. Il ambitionne de jeter une lumière neuve sur la profondeur historique d’une région charnière de la Méditerranée, depuis la Préhistoire jusqu’à l’époque contemporaine.
Le coup d’envoi des travaux sera marqué par les allocutions d’ouverture des hauts représentants de l’Institut national du patrimoine et des institutions culturelles locales, cédant rapidement la place à des sessions scientifiques de haut niveau. Les premiers panels transporteront l’auditoire des milliers d’années en arrière, explorant d’abord les habitudes alimentaires des derniers chasseurs-cueilleurs du Néolithique sahélien avant de plonger dans l’Antiquité romaine avec une analyse de la région de Leptis Minor.
L’un des moments forts de cette section sera la présentation des toutes dernières données issues de l’archéologie subaquatique concernant le paysage portuaire de Mahdia, révélant les secrets enfouis du commerce maritime antique. Les sites de Thaenae, à proximité de Sfax, ainsi que les trésors monétaires et symboliques découverts dans la nécropole chrétienne de Lamta feront également l’objet de débats intenses, démontrant la richesse de la Byzacène orientale.
Le programme explore également les dynamiques humaines, artistiques et religieuses de la région. Le parcours historique de la célèbre mosaïque du Triomphe de Neptune, voyageant de Sousse jusqu’au Musée national du Bardo, sera revisité par les experts. D’autres sessions se pencheront sur les fortifications côtières médiévales, l’œuvre architecturale du chercheur Jacques Revault à Monastir, ainsi que sur l’histoire des habous et des archives des grandes familles locales au cours des siècles passés. Le volet mémoriel s’étendra jusqu’à l’histoire contemporaine grâce à l’étude de correspondances inédites liées au leader Habib Bourguiba. De plus, les projecteurs seront tournés vers les résultats majeurs des récentes fouilles préventives menées dans la zone portuaire de Thapsus entre 2023 et 2026, ainsi que sur la gestion pionnière de l’eau à Mahdia sous le califat fatimide et la découverte d’un monument encore inconnu à Thysdrus.
Loin de s’enfermer dans le passé lointain, le colloque s’ancrera fermement dans les réalités anthropologiques et socio-économiques du Sahel moderne. Des communications spécifiques analyseront le rôle des compagnies économiques coloniales au tournant du vingtième siècle, les mutations des troupes de musique populaire à l’aube de l’indépendance, ainsi que les politiques municipales face à la crise du logement post-1956. Enfin, le patrimoine immatériel et l’identité locale seront célébrés à travers une étude esthétique et sociologique fine de l’habit traditionnel de la mariée à Moknine et Téboulba, complétée par une analyse de l’impact économique et social de l’art de la broderie à Monastir. En réunissant historiens, archéologues et anthropologues, cette rencontre s’affirme comme un rendez-vous scientifique crucial pour comprendre comment le Sahel a façonné l’identité plurielle de la Tunisie.