
Par Dr Sami Ayari
Semi-conducteurs, IA, équipements de lithographie, cloud souverain : les technologies critiques sont devenues les nouvelles frontières du pouvoir mondial. Entre un Nord qui ferme méthodiquement ses portes, une Europe prise en tenaille par sa propre fièvre souverainiste et un Sud global sommé de choisir entre sous-traitance perpétuelle et coproduction, la bataille pour la souveraineté numérique redessine la hiérarchie du siècle.
Quand Jake Sullivan (conseiller à la sécurité nationale (2023), théorisant la doctrine américaine de contrôle des exportations, dit “the fence is high, as it should be… the yard is small”, il ne parle plus de mondialisation ouverte ni même de découplage total. Il décrit une stratégie de contrôle fin et asymétrique des flux technologiques : les États-Unis ne cherchent pas à bloquer entièrement les échanges avec la Chine, mais à resserrer fortement l’accès aux technologies les plus sensibles, tout en laissant circuler le reste.
Un verrouillage délibéré
Le Nord, au premier rang les États-Unis et leurs alliés, ne se contente plus de protéger une avance technologique acquise, il organise méthodiquement la fermeture de l’accès aux briques fondamentales du futur numérique : semi-conducteurs avancés, architectures d’IA, équipements de lithographie, cloud souverain. Chacune de ces briques est désormais traitée comme un instrument de politique étrangère plutôt que comme une simple marchandise.
L’enjeu économique sous-jacent donne la mesure de cette weaponisation. Le marché mondial des semi-conducteurs pourrait atteindre 1.370 milliards de dollars dans les prochaines années, selon les chiffres avancés par la Commission européenne elle-même, un montant suffisamment massif pour justifier des politiques industrielles agressives et des restrictions à l’exportation des composants jugés sensibles.
L’Europe, entre fièvre souverainiste et dépendance structurelle
L’Europe observe ce verrouillage avec une inquiétude croissante et y répond à sa manière, maladroite. Le 3 juin 2026, la Commission européenne a dévoilé un paquet «souveraineté technologique» articulé autour de quatre initiatives : un Chips Act 2.0 doté de pouvoirs de crise, un règlement sur le développement du cloud et de l’IA, une stratégie open source et une définition officielle de la souveraineté numérique. Le constat qui motive ce sursaut est sans appel : l’Union dépend de fournisseurs non européens pour plus de 80% de ses produits, services et infrastructures numériques, selon la Commission.
Mais l’écart entre l’ambition affichée et la réalité industrielle reste béant. Le premier Chips Act, lancé en 2023, visait 20% du marché mondial des semi-conducteurs à l’horizon 2030 ; un audit publié en avril 2026 projette une part toujours proche de 10%, soit le niveau de départ. La France a beau injecter 550 millions d’euros dans la filière, l’Europe reste accrochée aux écosystèmes américains tout en s’efforçant de ne pas trop froisser Pékin, une posture d’équilibriste qui révèle surtout l’absence de champions industriels à l’échelle et une régulation plus punitive qu’offensive.
Un signal récent vient pourtant nuancer ce constat pessimiste. Le 16 juin 2026, le Premier ministre Sébastien Lecornu a annoncé la rupture du contrat liant depuis 2016 la DGSI à Palantir Technologies, l’entreprise américaine cofondée par Peter Thiel, figure proche de l’administration Trump au profit de ChapsVision, société française fondée en 2019 qui revendique 200 millions d’euros de chiffre d’affaires et équipe déjà 2.000 clients grands comptes dans 40 pays via sa plateforme ArgonOS. Pour la première fois depuis la Guerre froide, aucune technologie américaine critique ne sous-tend l’infrastructure de renseignement intérieur français.
Le geste n’est pas isolé : l’Allemagne avait fait le même choix dès mai 2026 via son service de protection de la Constitution, tandis que la Pologne et le Danemark explorent désormais des alternatives similaires. Paris et Berlin coordonneraient discrètement leur stratégie depuis le début de l’année, en contournant délibérément les canaux otaniens où Washington garde traditionnellement la main sur les standards de sécurité. Paris adosse ce geste à un effort budgétaire conséquent, 655 millions d’euros supplémentaires fléchés vers l’IA dans le cadre de France 2030, notamment au profit de Mistral AI. De la rhétorique souverainiste à la rupture contractuelle effective, c’est précisément ce type de bascule concrète qui manquait jusqu’ici au discours européen sur la souveraineté numérique.
L’Europe du cloud : la souveraineté en trompe-l’œil
Le discours public européen bruisse depuis des années d’un mot d’ordre devenu obsessionnel : la souveraineté numérique. Face à l’hégémonie des géants américains et à la montée des tensions géopolitiques, nos dirigeants affichent une volonté farouche de reprendre le contrôle de nos données et de nos infrastructures. Pourtant, derrière les effets d’annonce et la prolifération de labels «de confiance», la réalité industrielle dessine une trajectoire radicalement inverse. L’Europe n’est pas en train de s’émanciper, elle est en train d’optimiser, sous un vocabulaire politiquement acceptable, son propre verrouillage technologique.
C’est ce phénomène délétère que la juriste et activiste Cori Crider qualifie de sovereignty washing ou «lavage de souveraineté». À l’image du greenwashing dans le domaine environnemental, le concept consiste à repeindre aux couleurs de l’autonomie stratégique des dispositifs qui en sont la négation même. Les hyperscalers américains (Microsoft, Amazon, Google, Oracle) ont parfaitement compris les angoisses des gouvernements du Vieux Continent. Plutôt que de s’opposer à la demande de souveraineté, ils l’ont reconditionnée. Ils proposent désormais des entités juridiques locales, des infrastructures colocalisées sur le sol européen et des environnements dits «isolés».
Mais ne nous y trompons pas : cette souveraineté de communication masque une dépendance technique structurelle inchangée. Localiser les serveurs en Europe ou confier leur gestion opérationnelle à des partenaires locaux ne guérit rien. La couche critique, le code source, les hyperviseurs, les mises à jour de sécurité de bas niveau et l’innovation logicielle restent la propriété exclusive et le secret jalousement gardé des maisons mères américaines. Si le cordon technique ou commercial venait à être coupé depuis Seattle ou Austin, les «forteresses souveraines» européennes se transformeraient en quelques semaines en carcasses de silicium inertes. De même, les contorsions contractuelles n’effaceront jamais l’extraterritorialité du Cloud Act ou de la législation FISA dès lors que la dépendance logicielle est absolue.
Le piège se referme de manière encore plus implacable à l’ère de l’IA générative. Les administrations et les industries européennes ne cherchent plus seulement à stocker de la donnée, mais à la traiter via des modèles de calcul colossaux que seuls les géants d’outre-Atlantique ont les moyens de développer. En feignant de croire que l’alliance d’un acteur local avec une technologie américaine crée de la souveraineté, l’Europe commet une erreur historique. Elle achète la version contractualisée de sa soumission.
L’Europe de la tech a renoncé à la puissance pour se réfugier dans la conformité. En normalisant ce souverainisme de façade, elle rend sa dépendance invisible et indolore, désamorçant par là même tout sursaut industriel authentique. Il est temps de sortir de cette fiction politique : on ne décrète pas la souveraineté en signant des licences d’exploitation, on la bâtit en produisant ses propres technologies. Tout le reste n’est que de la sous-traitance de luxe.
Le Sud global face au mur
Le Sud global, lui, se heurte à un mur plus haut encore. Les barrières technologiques du Nord renforcent une nouvelle forme de dépendance numérique : conception, standards, brevets et architecture fondamentale restent au Nord, tandis que le Sud fournit données, talents à bas coût, marchés de consommation et sous-traitance.
Les rôles assignés sont nets. L’Afrique fonctionne comme marché et réservoir de données et de main-d’œuvre jeune. L’Inde reste un back-office talentueux dont les licornes demeurent dépendantes des marchés de capitaux occidentaux et des technologies de base américaines. Le Maghreb sert de zone de nearshoring commode pour l’Europe avec proximité géographique, coût, langue, fuseau horaire. Dans les trois cas, l’exécution, le debugging et les centres de services tiennent lieu d’innovation, tandis que la coinnovation Sud-Sud reste freinée par une asymétrie réelle des capacités : infrastructures, R&D fondamentale, capital-risque, normes internationales.
Les chiffres illustrent crûment ce déséquilibre pour le continent africain. Selon l’Africa Data Centres Association, l’Afrique ne représente que 0,6 % de la puissance de calcul mondiale, contre 45 % concentrés aux États-Unis ; elle ne pèse que 4 % des données mondiales d’IA, selon un consultant intervenu au salon SITIC d’Alger en avril 2026. Avec environ 150 datacenters opérationnels pour tout le continent dont 49 en Afrique du Sud, 23 au Maroc et 18 au Kenya, l’Afrique reste structurellement dépendante d’infrastructures étrangères pour son propre développement numérique.
VivaTech 2026 : le miroir brutal des priorités françaises
Cette année, VivaTech m’a laissé une impression brutale : le salon ressemble de plus en plus à une photographie des priorités géopolitiques françaises, et de moins en moins à une véritable rencontre mondiale de l’innovation.
Le symbole le plus frappant est le pavillon indien. Immense, visible, stratégique. À lui seul, il donne parfois l’impression de peser autant que plusieurs grands pays européens réunis. Ce n’est pas un hasard : l’Inde est devenue un partenaire majeur pour la France, et cela se voit immédiatement dans les allées du salon.
La France ne traite plus vraiment l’Inde comme un simple partenaire technologique, elle cherche surtout à profiter de son écosystème massif, de son marché et surtout de son excédent d’ingénieurs et de startups. L’Inde forme chaque année environ 1,5 million d’ingénieurs, une puissance de production de talents sans équivalent à l’échelle mondiale, et c’est précisément ce réservoir que l’Europe et la France en particulier tente d’attirer ou de canaliser. Les AI Summits 2025 et 2026 ont rendu cette réalité très visible : l’Inde n’y apparaît plus comme un invité «émergent», mais comme un acteur central, incontournable dans les discussions sur l’IA, les infrastructures cloud, l’industrialisation logicielle et la capacité à scaler des produits technologiques. Derrière le discours policé de «coopération stratégique», la logique est beaucoup plus brute : sécuriser l’accès aux talents indiens, capter une partie des startups capables de se mondialiser et éviter de décrocher dans la course à l’IA face aux États-Unis et à la Chine. Dans les faits, la relation est asymétrique : l’Europe a besoin des ingénieurs indiens bien plus que l’inverse, et cette dépendance progressive commence à structurer les événements, les sommets et même les salons comme VivaTech, où la présence indienne n’est plus symbolique mais presque systémique.
Mais le vrai sujet n’est pas l’Inde. Le vrai sujet, c’est l’Afrique.
L’année dernière, la présence africaine était plus forte, plus visible, plus dynamique. Cette année, beaucoup d’acteurs du secteur parlent surtout d’un autre problème : les visas. Des entrepreneurs, des fondateurs, des investisseurs et des talents africains ont eu des difficultés à venir. Certains ont renoncé. D’autres ont préféré participer à des événements organisés ailleurs.
Et c’est là que le constat devient plus dur pour la France : plusieurs entrepreneurs qui travaillent quotidiennement avec des écosystèmes africains disent entendre de plus en plus souvent la même chose : «Pourquoi aller en France quand on peut développer son réseau à Dubaï, à Londres, à New York, à Bangalore ou à Singapour ?»
Pendant longtemps, Paris pouvait compter sur un avantage historique : la langue, les réseaux, les liens économiques et la proximité avec une partie de l’Afrique. Cet avantage existe encore, mais il n’est plus suffisant. Le monde a changé. Les entrepreneurs africains ont aujourd’hui plusieurs portes d’entrée vers les marchés internationaux, les investisseurs et les technologies.
Un fondateur présent sur le salon m’a résumé le problème de manière très directe : «Nous, Tunisiens, sommes encore relativement bien acceptés, mais beaucoup d’entrepreneurs africains ont le sentiment que la France les considère davantage comme des demandeurs d’accès que comme des partenaires stratégiques.» Ce sentiment, qu’on le partage ou non, devient un sujet politique et économique réel.
VivaTech 2026 révèle donc un paradoxe : la France veut être la capitale mondiale de la tech, mais un hub mondial ne peut pas fonctionner si une partie des talents du monde a le sentiment qu’il est plus difficile d’y entrer que d’aller ailleurs.
La technologie est devenue une compétition mondiale pour attirer les cerveaux, les startups et les investisseurs. Dans cette compétition, l’image compte autant que les infrastructures. Or, l’image qui ressort cette année est contrastée : ouverture maximale vers certaines grandes puissances émergentes, mais accessibilité plus compliquée pour une partie des écosystèmes africains.
VivaTech reste un grand salon. Paris reste une place importante de l’innovation européenne. Mais si l’on veut être honnête, l’édition 2026 donne parfois l’impression que la France parle encore comme une puissance centrale alors que l’écosystème mondial fonctionne déjà comme un réseau multipolaire.
Et c’est peut-être la critique la plus crue qu’on puisse adresser à VivaTech cette année : le salon prétend représenter l’innovation mondiale, mais il révèle surtout quels partenaires la France considère aujourd’hui comme stratégiques… et lesquels semblent devenir secondaires.
BRICS+ : masse critique ou coalition de circonstance ?
Face à ce mur, la coinnovation Sud-Sud portée par les BRICS+ apparaît comme l’option la plus structurante. Elle ne relève pas d’une coopération «douce» : c’est, ou ce devrait être, un outil de puissance collective pour briser le modèle où le Nord garde la conception, les standards et les goulets d’étranglement, tandis que le Sud se contente de fournir données, talents et marchés.
L’alliance, élargie depuis le sommet de Johannesburg d’août 2023, a vu l’Égypte, l’Éthiopie, l’Iran et les Émirats arabes unis la rejoindre formellement en 2024, suivis depuis par l’Indonésie. Sur le papier, la complémentarité est réelle : la Chine en manufacturing et hardware, l’Inde en logiciels et services, le Brésil en bio et agrotech, la Russie en énergie et cybersécurité, l’Afrique du Sud et les nouveaux membres en ressources et applications locales, une masse critique de population, de marchés intérieurs et de capacités combinées.
Mais l’élan a ses limites. L’Arabie saoudite, invitée dès 2023, n’a toujours pas formellement confirmé son adhésion ; l’Argentine a explicitement renoncé à rejoindre le groupe après l’élection de Javier Milei, se rapprochant au contraire de Washington. Et comme le souligne une note de l’Ifri consacrée à la coopération scientifique russe avec les nouveaux membres, les BRICS demeurent une plateforme informelle, sans règles ni statuts communs, un handicap concret face à l’incohérence persistante des cadres réglementaires nationaux en matière de sciences et de technologies.
L’enjeu, pour les BRICS+, est donc de transformer l’intention politique en infrastructures partagées et durables : puissance de calcul mutualisée, datacenters communs, modèles d’IA entraînés sur des contextes du Sud, standards coproduits plutôt qu’importés.
Le contournement inattendu : les poids ouverts changent la donne
Pendant que le Nord verrouille l’accès à ses modèles les plus avancés, une autre dynamique s’accélère, qui pourrait recomposer en partie ce rapport de force. À la mi-juin 2026, l’accès à Fable 5, le modèle de la nouvelle génération Mythos d’Anthropic, a été suspendu en réponse à une directive de contrôle des exportations. Le signal envoyé au reste du monde est sans ambiguïté : les briques les plus avancées de l’IA américaine ne sont garanties à personne, pas même aux partenaires de confiance.
La réponse est venue, presque immédiatement, du côté chinois. Moonshot AI a publié le 12 juin 2026 Kimi K2.7 Code, un modèle de programmation à poids ouverts, sous licence Modified MIT, fort de 1.000 milliards de paramètres. Le laboratoire indépendant Unsloth en a livré, le même mois, une version compressée par quantification dynamique 2bit : 605 gigaoctets ramenés à 325, une réduction de 48 % suffisante pour tourner sur une seule machine équipée d’environ 330 Go de mémoire, à plus de 40 tokens par seconde. Pas de cloud, pas d’autorisation à demander, pas de fournisseur à qui rendre des comptes.
Sur le plan des performances, l’écart se referme par endroits plutôt qu’il ne s’effondre. Sur son propre benchmark MCP Mark Verified, qui mesure l’usage correct d’outils via le protocole MCP, Moonshot revendique un score de 81,1, devant les 76,4 de Claude Opus 4.8. Mais ce chiffre maison, non vérifié de façon indépendante, reste isolé : sur les cinq autres benchmarks publiés par Moonshot lui-même, couvrant programmation, contexte long et l’autre suite d’usage d’outils MCP Atlas, Opus 4.8 reste devant, parfois largement. L’écart se referme donc sur des cas d’usage précis, pas encore sur l’ensemble des capacités frontières.
L’élément structurant n’est pas tant le classement que la trajectoire. Il y a un an, faire tourner localement un modèle de cette envergure relevait de la science-fiction ; aujourd’hui, une station de travail à 325 Go de mémoire y suffit. Ce n’est pas encore du matériel grand public, mais ce n’est plus un datacenter non plus. Pour le Sud global, dont la souveraineté numérique se heurte précisément au verrou des infrastructures de calcul, cette trajectoire ouvre une voie alternative à la dépendance aux hyperscalers : des poids ouverts, conçus ailleurs que dans la Silicon Valley, exécutables sans l’aval d’un fournisseur soumis aux contrôles d’exportation américains.
Cette voie ne résout pas tout. L’entraînement de modèles de cette taille reste l’apanage d’une poignée d’acteurs disposant de clusters de calcul massifs, la fracture décrite plus haut ne disparaît pas au niveau de l’entraînement. Mais elle déplace une partie du rapport de force vers l’aval : une fois le modèle entraîné et ses poids publiés, l’inférence, l’usage quotidien peut s’émanciper du datacenter. Le risque, pour les gardiens actuels du verrou technologique, n’est pas que le monde cesse d’utiliser l’IA, c’est qu’il cesse d’avoir besoin d’eux pour le faire.
Ce que la souveraineté exige vraiment
Le continent africain donne déjà quelques signaux dans cette direction. Réunies à Abidjan en mai 2026, vingt-quatre délégations du Réseau Africain des Autorités de Protection des Données Personnelles ont adopté une feuille de route 2026-2030 imposant à chaque État une obligation de résultat, érigeant la protection des données au rang de priorité de sécurité nationale, non plus une conformité de façade, mais ce que le texte appelle une conformité de preuve. La stratégie continentale de l’Union africaine en matière d’IA, structurée en deux phases, gouvernance jusqu’en 2026, déploiement à grande échelle à partir de 2028, met l’accent sur des systèmes capables de refléter les langues, la culture et les contextes africains plutôt que d’importer des modèles pensés ailleurs. Le Salon de l’IA, de la Défense et de l’Espace, tenu à Abidjan en avril 2026, vise même une réduction de 70 % de la dépendance numérique africaine d’ici à 2030.
Mais les déclarations ne suffisent pas. La souveraineté numérique exige le contrôle réel des données, le développement de piles technologiques alternatives, la maîtrise des semi-conducteurs ou, à tout le moins, de leur assemblage et de leur intégration, des normes propres et une réduction tangible des dépendances critiques. Sans cela, la fragmentation technologique actuelle risque de figer durablement un ordre mondial où une minorité de puissances contrôlent les goulets d’étranglement et, par extension, l’essentiel des leviers de puissance du siècle.
Un vernis politique
La montée des tensions identitaires et nationalistes en Occident n’est, en définitive, que le vernis politique qui rend ces logiques de fermeture plus acceptables sur le plan domestique. Pour le Sud global, la question n’est plus de savoir s’il faut résister à cette nouvelle hiérarchie technologique, mais comment transformer une dépendance héritée en capacité de coproduction avant que les lignes ne soient définitivement figées. γ
*Cofondateur et coordinateur général du Tunisia CyberShield,
Cofondateur et coordinateur général de la Tunisian AI Society