Depuis plusieurs années, l’Organisation mondiale du commerce (OMC) documente un phénomène qu’elle qualifie de fragmentation commerciale : les échanges de marchandises ne diminuent pas globalement, ils se réorientent de plus en plus à l’intérieur de blocs géopolitiques alliés, au détriment des flux entre blocs rivaux.
Depuis l’invasion russe de l’Ukraine, le commerce entre les deux grands ensembles géopolitiques identifiés par l’OMC — sur la base des votes des pays à l’Assemblée générale de l’ONU — croît en moyenne 4 à 6 points de pourcentage moins vite que le commerce intra-bloc. La directrice générale du Fonds monétaire international, Kristalina Georgieva, avait dès 2022 alerté sur le risque d’un « découplage » de l’économie mondiale en deux systèmes distincts pour le commerce, les technologies, les paiements et les réserves de change. L’OMC chiffre le coût d’une telle scission à environ 5% du revenu réel mondial, avec des pertes à deux chiffres pour certaines économies en développement.
Ce basculement se traduit concrètement par le « friendshoring », c’est-à-dire la délocalisation des chaînes de valeur vers des partenaires jugés politiquement fiables plutôt que strictement les plus compétitifs, au prix d’une perte d’efficacité économique et d’une pression inflationniste accrue. Les tensions commerciales se sont multipliées : les mesures de rétorsion tarifaire sont passées de 3 par an au milieu des années 2000 à 41 en 2021. Dans le même temps, les BRICS+, qui pèsent désormais environ 28,4% du PIB mondial, se présentent comme un pôle alternatif à l’ordre occidental, sans toutefois disposer encore d’une architecture institutionnelle comparable à celle du FMI ou de la Banque mondiale.
La lecture de l’IACE : la Tunisie face à un monde multipolaire fragmenté
L’Institut arabe des chefs d’entreprises (IACE) a formalisé cette analyse dans une note d’orientation (Policy Brief: 3 avril 2026) consacrée à la « lecture géopolitique et diplomatique de la situation internationale et de son impact sur la Tunisie ». L’institut y constate que l’ordre international issu de l’après —Seconde Guerre mondiale se fissure sous l’effet de violations répétées du droit international, de l’affaiblissement des institutions multilatérales et du retour assumé des rapports de force, dans un contexte de compétition stratégique croissante entre Washington et Pékin. Les foyers de crise se multiplient, de l’Ukraine à Gaza, en passant par le Sahel et la Méditerranée centrale, une région que l’IACE qualifie désormais de « nœud de crise ».
Pour la Tunisie, cette recomposition accroît trois types de vulnérabilité : la dépendance économique structurelle, l’instabilité régionale et les pressions migratoires, tout en ouvrant paradoxalement de nouvelles marges de diversification diplomatique. L’IACE recommande à Tunis d’adopter une posture de « multi-alignement » — une coopération différenciée avec l’Union européenne, les États-Unis, la Chine, la Russie et les pays du Golfe selon les intérêts concrets du pays, sans alignement idéologique ni neutralité passive — combinée à un ancrage renforcé dans le « Sud global », via l’Afrique, les BRICS+ et la Zone de libre-échange continentale africaine. Cette double stratégie viserait à réduire la dépendance structurelle vis-à-vis de l’Europe, qui demeure de loin le premier partenaire commercial du pays, tout en préservant une capacité d’influence collective sur les réformes du système financier international.
Une dépendance commerciale structurelle envers l’Europe
L’économie tunisienne reste très largement arrimée au marché européen, qui concentre l’essentiel des exportations manufacturières du pays, notamment dans le textile-habillement, la mécanique et les industries électriques. En 2023, l’Union européenne représentait 78% des exportations totales tunisiennes. Le textile-habillement, deuxième secteur exportateur du pays, fait directement vivre environ 160.000 employés répartis dans 1.600 entreprises, dont 85% sont tournées vers l’exportation, essentiellement vers l’Europe.
Cette concentration géographique transforme tout ralentissement de la croissance européenne en choc immédiat pour l’emploi tunisien. L’IACE le souligne explicitement : un ralentissement dans la zone euro affecterait directement les exportations industrielles, en particulier dans les filières textile, mécanique et électrique, la conjoncture tunisienne étant structurellement liée à celle de son principal débouché. Les chiffres récents illustrent déjà cette fragilité : sur la période 2024-2025, les exportations tunisiennes de vêtements vers l’UE ont reculé de 3,6% en valeur, la part de marché tunisienne passant de 2,50% à 2,36%, le repli le plus marqué parmi les fournisseurs nord-africains du Top 10 européen. Ce recul ne traduit pas un déclin de savoir-faire, mais un choc de concurrence asymétrique : l’Inde, le Bangladesh, le Pakistan et le Cambodge bénéficient de nouvelles facilités tarifaires accordées par l’UE ou les États-Unis qui érodent la compétitivité-prix des fournisseurs de proximité comme la Tunisie ou la Turquie.
Le verrou du financement international
La fragmentation mondiale ne pèse pas seulement sur les exportations : elle complique aussi l’accès de la Tunisie aux capitaux extérieurs, dans un contexte déjà tendu. Depuis le gel des négociations avec le FMI en 2023, la Tunisie n’a pas conclu de nouvel accord avec l’institution, ce qui la prive d’un signal de crédibilité normalement nécessaire pour mobiliser d’autres bailleurs. Les primes de couverture du risque souverain à cinq ans restent supérieures à 1.000 points de base, ce qui ferme de facto la porte des marchés obligataires internationaux. Face à cette impasse, l’État tunisien a dû recourir de manière croissante au financement monétaire direct auprès de la Banque centrale de Tunisie — 3,7 milliards de dollars prévus dans le budget 2026 — une pratique qui pourrait, éventuellement, accentuer les risques inflationnistes et de dépréciation du dinar.
Cette contrainte de financement incite Tunis à diversifier ses sources vers des guichets alternatifs : banques régionales arabes, institutions du Golfe et, plus récemment, un prêt de 500 millions de dollars de la Banque africaine d’import-export (Afreximbank), validé en juin 2026 pour soutenir directement l’équilibre budgétaire de la loi de finances. Cette réorientation vers des bailleurs non occidentaux ou multilatéraux régionaux illustre concrètement, à l’échelle tunisienne, la logique de recomposition des blocs financiers décrite par l’OMC et le FMI à l’échelle mondiale. Certains responsables politiques tunisiens, à commencer par le président Kaïs Saïed, ont explicitement évoqué les BRICS comme alternative potentielle aux conditionnalités du FMI, même si l’absence d’architecture institutionnelle unifiée au sein des BRICS+ limite pour l’instant la portée opérationnelle de cette option.
Vulnérabilité énergétique et effet démultiplicateur des tensions géopolitiques
La fragmentation commerciale mondiale se combine à une exposition énergétique structurelle qui amplifie les chocs. La production nationale ne couvrant qu’environ 35% des besoins énergétiques du pays, la Tunisie reste très vulnérable à toute hausse durable des prix du pétrole liée aux tensions au Moyen-Orient. L’IACE a calculé que chaque hausse d’un dollar du baril entraîne un surcoût budgétaire estimé à 164 millions de dinars, alors que la loi de Finances 2026 est bâtie sur une hypothèse de 63 dollars le baril, et que les subventions énergétiques représentent déjà près de 3,3% du PIB. Avec près de 98% du commerce tunisien transitant par voie maritime, toute perturbation logistique dans le Golfe ou en Méditerranée — hausse du fret, renchérissement des assurances— se répercute mécaniquement sur le déficit commercial et les réserves de change.
L’indice de la Bourse de Tunis a certes progressé de 34% en 2025 puis de 19% sur les quatre premiers mois de 2026, signe d’une certaine résilience locale des capitaux, mais l’IACE relativise cette performance en rappelant que l’économie réelle reste fragile : déficit commercial persistant, pressions budgétaires, investissement privé atone et taux de chômage proche de 16%. La transition énergétique, la sécurisation alimentaire et une réforme du Code des changes et de la loi sur l’investissement figurent parmi les recommandations structurelles de l’institut pour renforcer la résilience nationale face à ces chocs externes.
Nouvelles règles commerciales et repositionnement possible
Au-delà des chocs conjoncturels, la Tunisie doit aussi s’adapter à de nouvelles normes structurantes du commerce mondial, à commencer par le Mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (MACF) de l’Union européenne, entré dans sa phase définitive le 1er janvier 2026, qui taxe les émissions intrinsèques des produits importés comme le fer, l’acier, l’aluminium ou les engrais. Pour les filières industrielles tunisiennes exportatrices vers l’UE, ce mécanisme représente un coût d’adaptation supplémentaire dans un contexte déjà marqué par la concurrence tarifaire asiatique.
Malgré ces vents contraires, certains observateurs estiment que la Tunisie conserve des atouts pour se repositionner comme pôle de nearshoring méditerranéen face à la recomposition des chaînes de valeur mondiales, à condition d’accélérer modernisation industrielle et innovation. Le gouvernement mise notamment sur des programmes de coopération ciblés — GTEX-MENATEX avec la Suisse et la Suède, ou le programme CBI avec les Pays-Bas — pour soutenir la compétitivité du secteur textile face aux nouvelles règles du marché européen. L’IACE va plus loin en proposant des paris structurels de long terme, comme la création d’une agence spatiale tunisienne et une stratégie nationale d’intelligence artificielle, afin de sortir des modèles économiques à faible valeur ajoutée et de transformer la position géographique du pays — à la croisée de l’Europe, du monde arabe et de l’Afrique — en atout stratégique dans le nouvel ordre mondial en formation.
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Mitsubishi – de 30 000 à 100 000 TND
Audi – de 20 000 à 100 000 TND •
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Toyota Hiace (Bus) – 40 000 TND •
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Honda Baby Boy – 10 000 TND Honda Accord EOD – 8 000 TND
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Peugeot – de 20 000 à 100 000 TND
LEXUS ES300 – 20 000 TND
LEXUS ES330 – 30 000 TND
LEXUS ES350 : 80 000 TND
LEXUS RX300 : 25 000 TND
LEXUS RX330 : 50 000 TND
LEXUS RX350 : 80 000 TND
LEXUS RX400 : 55 000 TND
LEXUS GX460 : 100 000 TND
LEXUS GX470 : 100 000 TND
Mercedes-Benz Classe C : 30 000 TND
Mercedes-Benz Classe E : 40 000 TND
Mercedes-Benz Classe G : 35 000 TND Mercedes-Benz GLK : 100 000 TND Mercedes-Benz ML : 80 000 TND Mercedes-Benz Classe C : 30 000 TND Audi : de 10 000 TND à 100 000 TND
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