Le président du gouvernement espagnol, Pedro Sánchez, a durci le ton à l’égard de plusieurs partenaires européens de son pays, accusant certains gouvernements d’avoir adopté des positions qualifiées de « égoïstes » et « illégales » face à la crise migratoire ayant touché la ville de Ceuta. Il a appelé à la tenue d’une réunion d’urgence des ministres de l’Intérieur de l’Union européenne, afin d’examiner les conséquences de cette crise et de parvenir à une position européenne commune.
Cette prise de position de Sánchez s’exprime dans un courrier adressé à la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, ainsi qu’au président du Conseil européen, António Costa, et au Premier ministre irlandais, Micheál Martin, dont le pays assure actuellement la présidence tournante du Conseil de l’Union européenne. Il y exprime sa profonde préoccupation face aux réactions de certains gouvernements européens à la suite de l’afflux sans précédent de migrants vers Ceuta.
Selon les autorités espagnoles, environ 50 000 personnes auraient franchi la frontière séparant le Maroc de Ceuta depuis jeudi, un chiffre que le président de l’enclave, Juan Jesús Vivas, estime même avoir atteint jusqu’à 60 000, soit près de 70 % de la population totale du territoire. Madrid assure toutefois que la quasi-totalité de ces personnes ont depuis été reconduites vers le Maroc, un constat également avancé par Ursula von der Leyen, qui a affirmé qu’aucun des migrants ayant traversé n’était parvenu jusqu’au continent européen.
Dans sa lettre, Sánchez a également reconnu que la réaction de ses partenaires européens avait été contrastée : si la majorité des dirigeants européens lui ont exprimé leur soutien et leur solidarité, d’autres ont choisi, selon lui, de s’en prendre à l’Espagne, allant jusqu’à réclamer sa suspension temporaire de l’espace Schengen — une allusion directe aux appels du gouvernement italien de Giorgia Meloni, qui a décidé de suspendre la libre circulation avec l’Espagne en réaction à la crise.
Le chef du gouvernement espagnol a par ailleurs affirmé que cette suspension allait à l’encontre du droit européen et du droit humanitaire, rappelant que Ceuta ne fait pas partie de l’espace Schengen et que l’Espagne figure, selon les données de l’agence Frontex, parmi les frontières extérieures les moins poreuses de l’Union européenne.
Cette initiative espagnole a rapidement trouvé un écho plus large : les dirigeants de 22 des 27 États membres de l’Union européenne ont demandé l’organisation d’une réunion d’urgence pour discuter de la réponse collective à apporter à cette crise, certains envisageant même le rétablissement de contrôles aux frontières internes. Le président français Emmanuel Macron, le Premier ministre portugais Luís Montenegro et le Premier ministre luxembourgeois Luc Frieden ne figurent toutefois pas parmi les signataires de cette lettre commune.
Cette crise, qui a déjà fait plusieurs dizaines de morts parmi les migrants tentant de rejoindre l’enclave à la nage, ravive le débat européen sur la gestion des frontières extérieures et la solidarité entre États membres face aux pressions migratoires.
Parmi les partenaires européens visés par les critiques de Pedro Sánchez, l’Italie occupe une place à part. Dès jeudi 30 juillet, alors que des milliers de migrants affluaient vers l’enclave espagnole de Ceuta depuis le Maroc, la Première ministre italienne Giorgia Meloni a haussé le ton contre Madrid, se disant prête à agir par des « mesures exceptionnelles », y compris une éventuelle suspension de l’accord de Schengen avec l’Espagne. Elle a dénoncé une immigration clandestine incontrôlée, qu’elle considère comme une menace concrète pour la sécurité des frontières européennes.
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