La Tunisie a entrepris une opération de recensement portant sur les églises, synagogues et autres lieux de culte historiques situés dans plusieurs régions du pays. Cette initiative a été examinée lors d’une réunion présidée par la ministre des Affaires culturelles, Amina Srarfi, qui était spécifiquement consacrée aux bâtiments attribués à son département par les services de l’État et actuellement gérés par l’administration culturelle. L’objectif poursuivi est triple : clarifier le statut juridique et foncier de ces édifices, évaluer leur état structurel et définir un programme d’entretien, de restauration et de valorisation. Selon le communiqué ministériel, qui ne précise pas le nombre total de biens concernés, ce travail permettra de mettre à jour les informations disponibles sur chaque bien, de vérifier son statut juridique et d’identifier d’éventuelles difficultés liées à la propriété, à l’affectation ou aux modalités de gestion.
Cette problématique concerne de nombreux édifices construits à différentes époques et qui ne sont plus systématiquement utilisés pour le culte. Dans plusieurs cas, les autorités envisagent de les transformer en bibliothèques, médiathèques ou espaces culturels. Par ailleurs, l’étude en cours permettra de hiérarchiser les interventions en tenant compte des caractéristiques architecturales et historiques de chaque bâtiment. Le programme prévoit des contrôles d’infrastructures et l’élaboration de projets d’entretien ou de restauration périodiques, conformément aux normes techniques appliquées à la conservation des monuments historiques. La ministre a également demandé un renforcement du nettoyage, de l’entretien et du suivi régulier des sites, considérés comme des éléments de la mémoire nationale et des témoins de la pluralité culturelle et religieuse qui a marqué l’histoire tunisienne.
Parmi les projets encore à l’étude figure la conversion de l’ancienne église catholique de Sfax, entamée en 2016 mais ralentie par des problèmes techniques et fonciers. En mars dernier, le ministère a annoncé la mise en place d’un comité de pilotage chargé de relancer les travaux et de définir un nouveau calendrier opérationnel. D’autre part, l’ancienne église de Gabès, utilisée comme bibliothèque municipale par le passé, a été inscrite à l’inventaire des monuments du gouvernorat en janvier 2024. Selon le ministère, cet édifice nécessite une régularisation de son cadastre ainsi que des travaux de structure avant de pouvoir rouvrir au public. En plus, à Tunis, l’église Sainte-Croix de la médina a déjà fait l’objet d’une restauration grâce à la contribution de la Coopération italienne et a été transformée en espace culturel municipal. Ce complexe accueille désormais des expositions, des ateliers et des spectacles, tout en préservant les principaux éléments architecturaux d’origine.
La richesse du patrimoine religieux constitue par ailleurs un atout important dans le dossier de candidature qui a permis à Djerba d’être inscrite sur la Liste du patrimoine mondial de l’UNESCO en 2023. Ce dossier comprend, outre les mosquées historiques de l’île, la synagogue Ghriba et les églises catholique et orthodoxe, perçues comme l’expression de la stratification culturelle et religieuse du territoire. Qui plus est, à l’issue de la réunion, le ministère a annoncé l’élaboration d’un plan de travail assorti de priorités et d’échéances précises. En sus, l’objectif affiché est d’éviter une approche limitée aux seules interventions d’urgence et d’assurer une gestion continue des bâtiments. À cela s’ajoute la volonté de maintenir ces édifices dans le patrimoine historique et architectural tunisien, même lorsqu’ils ne conservent plus leur fonction religieuse d’origine. Par conséquent, ce programme vise à inscrire la préservation de ces lieux dans une logique de long terme, au service de la mémoire collective et de la diversité culturelle du pays.