Les données compilées par l’ONG Aswat Nissa et la campagne « Féminicides Tunisie » font apparaître une progression des homicides de femmes dans le pays. En effet, le nombre de cas signalés est passé de six en 2018 à vingt-cinq en 2023, pour atteindre trente en 2025. Cette évolution confirme une tendance que l’association qualifie d’alarmante, d’autant que ces chiffres ne reflètent pas nécessairement l’intégralité des faits survenus. Par ailleurs, l’organisation insiste sur la nécessité de ne pas appréhender ces actes comme des événements isolés, mais bien comme un phénomène structurel inscrit dans un contexte plus large de violences sexistes.
Aswat Nissa a procédé, à l’occasion de la présentation de son rapport annuel sur les féminicides pour 2025, au lancement de la première plateforme électronique tunisienne dédiée au recensement, au suivi et à la documentation de ces crimes. Cette initiative a pour objectif de centraliser des informations jusqu’alors dispersées et de les rendre accessibles aux chercheurs, aux journalistes et aux acteurs de la société civile. En sus, ce dispositif intervient à la veille de la Journée nationale de la femme, célébrée chaque 13 août en mémoire de la promulgation du Code du statut personnel en 1956, texte fondateur des droits des femmes en Tunisie.
La Tunisie dispose pourtant depuis 2017 de la loi organique n° 58 relative à l’élimination des violences à l’égard des femmes, entrée en vigueur en février 2018. Ce texte adopte une définition large des violences à savoir physiques, psychologiques, sexuelles, économiques et politiques. Il prévoit, par ailleurs, des mécanismes de prévention, de protection des victimes et de poursuite des auteurs. Toutefois, les organisations féministes ont régulièrement souligné les difficultés rencontrées dans l’application effective de ces dispositions, notamment en matière d’évaluation des risques et d’accès aux structures d’accueil. À cela s’ajoute l’absence d’une base de données publique exhaustive, qui empêche une évaluation précise de l’ampleur réelle du phénomène. Par conséquent, la plateforme lancée par Aswat Nissa entend contribuer à combler ce vide documentaire tout en servant d’outil de plaidoyer pour renforcer l’efficacité des politiques publiques de prévention des violences faites aux femmes.
MBY
Féminicides en Tunisie : 30 cas recensés en 2025, contre 6 en 2018
Par La Rédaction
Par La Rédaction
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