L’année 2025 a enregistré la vente de plus de 93 000 véhicules en Tunisie, soit une progression de 17 % en comparaison avec l’année précédente. Ce volume se répartit entre les concessions officielles, qui ont écoulé près de 64 000 unités, et le marché informel, qui a franchi le seuil des 29 000 véhicules avec une augmentation de plus de 30 %. Les modèles économiques, soutenus par des subventions publiques, ont bondi de 36 %, jouant ainsi un rôle d’amortisseur social pour les ménages. En parallèle, les utilitaires ont enregistré une hausse de 19 %, indicateur d’une reprise des activités économiques. Les premières tendances de 2026 montrent la persistance de cette dynamique, alimentée par l’essor des constructeurs asiatiques et par l’activité soutenue du circuit parallèle.
Cette envolée contraste nettement avec les rythmes plus modérés observés de 2015 à 2019, période durant laquelle les immatriculations annuelles se situaient entre 50 000 et 60 000 unités. La crise sanitaire et les difficultés économiques survenues entre 2020 et 2022 ont provoqué une chute des ventes, avec moins de 40 000 véhicules par an. La reprise amorcée en 2023 et 2024, avec environ 55 000 immatriculations, avait laissé entrevoir un retour à la normale. Or, l’année 2025 a vu ce chiffre quasiment doubler pour dépasser les 90 000 unités. Cette évolution s’explique par plusieurs facteurs : la contrainte du pouvoir d’achat, qui oriente la demande vers les voitures subventionnées, l’expansion du marché parallèle, la prédominance des marques asiatiques sur le segment des véhicules neufs, et la vitalité du secteur des utilitaires. À l’inverse, la part des voitures électriques reste anecdotique, leur développement étant freiné par un coût d’acquisition élevé et par l’insuffisance des bornes de recharge.
Cette progression rapide du nombre de véhicules aggrave les phénomènes d’embouteillage, de stationnement anarchique et de pollution atmosphérique dans les principales agglomérations tunisiennes. Elle révèle l’inadaptation des plans de circulation actuels et souligne l’urgence d’une refonte des politiques de mobilité urbaine. En l’absence d’une stratégie cohérente, cette croissance, perçue comme un signe de vitalité économique, risque de se muer en un facteur d’asphyxie pour les centres-villes. Ce constat met en lumière une expansion mal régulée et une gouvernance urbaine dépourvue de vision à long terme. Par conséquent, aussi longtemps que les autorités n’engageront pas une réforme profonde des systèmes de déplacement, les cités tunisiennes resteront confrontées à une dégradation continue de leurs conditions de circulation.
MBY