Désormais, les Aigles de Carthage oscillent entre séduction et dégoût quand il s’agit de négocier des éliminatoires de la CAN. Pourtant, depuis la nuit des temps, cet exercice ne leur avait presque jamais posé de difficultés, les choses séreuses ne commençant qu’en phase finale. La Tunisie reste sur dix-neuf participations consécutives en phase finale, série en cours. Malheureusement, cette fois-ci, ils ont choisi de valoriser leurs rivaux, concédant d’entrée un nul fort malvenu (1-1) contre le modeste Ouganda, avant de récidiver lundi dernier devant une non moins modeste équipe botswanaise (2-2), le tout à domicile.
Ce qui est fondamental dans cette nouvelle (més)aventure, c’est la méprise fédérale qui fit croire à Mouine Chaâbani et ses hommes ainsi qu’aux médias et au public sportif (le comble !) que la première sortie contre l’Ouganda ne sera pas décomptée par la Confédération africaine au classement de la poule «H», notre adversaire étant qualifié d’office en phase finale en qualité d’un des trois pays organisateurs.
Eh bien, quelle trouvaille ! Le Club Tunisie risque de longtemps payer le prix de cette bêtise, de ce tâtonnement et de cette gestion d’amateurs. On ne communique plus. Vous avez un télégramme parvenu de la CAF ; pourquoi le contenu n’a pas été communiqué aux premiers concernés, à savoir le staff technique et les joueurs avant de disputer la rencontre inaugurale ? Sauf qu’on ne trouve plus le temps de faire autre chose que voyager et roupiller, et profiter des privilèges du statut de membre fédéral. Sous ses airs d’instance élue, sérieuse et responsable, notre FTF vogue au gré des improvisations, accumulant les déboires et les bourdes, à commencer par la gestion inhérente au staff technique en Coupe du monde. Pour sa part, la Ligue dite «pro» ne réussit, par exemple même pas à mettre sur pied un tirage de calendrier viable.
Arrêtez votre manège, ce n’est pas comme cela que l’on gère une fédération qui se respecte !
L’enthousiasme généré tout récemment par nos volleyeurs contraste aujourd’hui parfaitement avec la morosité ambiante de l’équipe de football dont les moyens colossaux investis s’avèrent contreproductifs, voire fatals. Cette équipe n’a ni âme, ni personnalité ni talent, elle n’a aucun avenir. Le comble est de constater que ses joueurs jouent en marchant.
Au fond, le meilleur sélectionneur au monde, que peut-il faire de bon au bout de cinq séances d’entraînement, alors qu’il en est à son premier stage depuis sa nomination au début de l’été ? Pas grand-chose, vraiment. Mais on attend a minima de lui qu’il fasse preuve de bon sens et de perspicacité. C’est a priori en cela qu’on reconnaît un bon coach. Mouine Chaâbani a tardivement compris la bourde consistant à compter sur un Yan Valéry qui n’a plus rien à faire en sélection au détriment de Gaith Zaâlouni ou de tout autre latéral droit. Hormis Mastouri, ses attaquants n’ont pas non plus pesé lourd face à la masse athlétique des joueurs d’Afrique subsaharienne.
L’ex-entraîneur de Berkane, au Maroc, a le plus besoin d’une joyeuse mutinerie contre les idées reçues, et contre sa relative méconnaissance du foot tunisien depuis son départ en Egypte, puis au Maroc. Lui aussi semble avoir tranché en faveur des binationaux qu’il privilégie par rapport aux joueurs du championnat national. Mal lui en a pris puisque les expatriés ont beaucoup déçu, aussi bien devant les Cranes (les Grues), le surnom des joueurs ougandais que les Zèbres, c’est-à-dire les joueurs du Botswana.
Certes, on attendait lundi dernier face aux Zèbres du Botswana une victoire qui aurait tout l’air d’une petite douceur saupoudrée de dégel, et qui ne serait pas de refus. Mais il en faudra sans doute beaucoup plus pour toucher à bon port, surtout que notre prochain adversaire, la Libye, se tient aux aguets et rêve de damer le pion aux Aigles. Et qu’en phase retour des éliminatoires, l’équipe de Tunisie jouera ses trois derniers matches à l’extérieur. Mais rappelons que cette même équipe du Botswana a disputé son premier match international officiel en… 1993.
On croit rêver !
Nos expatriés sont d’un niveau tout juste moyen, mais ils sont toujours là, tels des sénateurs intouchables. Il est sans doute temps de donner sa chance au produit du Championnat local. Aujourd’hui, la Tunisie vit sous une sérieuse menace d’élimination.
«Une fois pour toutes, les gens doivent comprendre que l’équipe vit un profond changement, et le travail n’est pas celui d’un ou de deux mois, ou d’un an non plus», estimait Chaâbani après le faux-pas de lundi dernier. Certes, il y a du vrai, mais il ne faut pas abuser de la patience du public sportif.
Avant Chaâbani, la sélection broya sept sélectionneurs en moins de trois ans. Attention, déjà il y a danger !
Le bonhomme s’est jeté dans la gueule du loup. Son courage est pathétique. On lui souhaite bien du courage.