La 3ᵉ édition du salon PARAMED dont le coup d’envoi a été donné hier vendredi et qui se poursuit jusqu’au 25 octobre courant, a réuni tous les intervenants dans le secteur du tourisme médical à savoir établissements publics et privés, laboratoires, start-up et investisseurs. L’objectif était de favoriser les synergies afin de renforcer la compétitivité de l’offre sanitaire tunisienne sur les marchés régionaux et internationaux.
Dans ce cadre, Mohamed Ben Hamida, président du pôle e-santé à la Chambre Nationale des Entreprises de Services de Santé (CNESS/UTICA), vice-président de la Société Tunisienne de Télémédecine et de Santé Numérique (STTeS) et CEO de Ma Santé Plus & Doqtoor.com, est intervenu lors du panel intitulé « Construire un écosystème santé performant : quelles synergies entre pouvoirs publics, investisseurs et acteurs privés ? ». Animée par Mehdi Kantaoui, cette session d’échanges réunissait également Sihem Mhisen, directrice des systèmes d’information Corporate chez Tunisie Telecom.

S’exprimant au micro de Réalités Online à l’issue de ce panel, Mohamed Ben Hamida a souligné que les échanges ont principalement porté sur la mise en place de partenariats public-privé (PPP) efficaces pour pallier le manque de prestations dans les zones de désert médical. Le responsable a expliqué que face au départ massif de médecins vers le secteur privé ou à l’étranger, la télémédecine constitue un levier stratégique pour encadrer les praticiens exerçant dans les régions de l’intérieur et leur fournir des technologies de pointe pour exercer dans de meilleures conditions.
Évoquant l’initiative de l’hôpital numérique déployée par le ministère de la Santé, qui compte actuellement une trentaine d’établissements publics connectés, Mohamed Ben Hamida a estimé qu’il devenait impératif d’ouvrir ce réseau au secteur privé. Il a affirmé que lorsque les capacités du secteur public s’avèrent insuffisantes, le recours au privé permet d’assurer une continuité de service optimale. Selon lui, l’urgence absolue réside dans le rapprochement des prestations de soins au plus près des citoyens, tout en renforçant l’attractivité du pays auprès des patients internationaux.
Sur le volet du tourisme médical, Mohamed Ben Hamida a rappelé que la Tunisie accueille chaque année environ deux millions de patients et seniors étrangers, enregistrant près de 500 000 hospitalisations. Il a indiqué que la valeur ajoutée réside désormais dans la numérisation complète du parcours de soins coordonné. Le spécialiste a détaillé ce processus en expliquant que le patient étranger interagit d’abord avec un médecin via une plateforme numérique pour être rassuré et orienté avant son voyage. Il bénéficie ensuite d’un suivi de proximité durant son séjour médical en Tunisie, avant d’être pris en charge à son retour chez lui grâce à la télésurveillance et aux objets connectés, évitant ainsi des déplacements post-opératoires inutiles.
Mohamed Ben Hamida a également mis en avant l’opportunité que représente l’accueil de seniors européens effectuant de longs séjours dans les établissements hôteliers tunisiens. Il a précisé que les solutions de télésurveillance par objets connectés permettent à ces résidents de suivre leurs paramètres vitaux en temps réel tout en restant en contact permanent avec leurs familles et leurs médecins traitants.
Abordant la question des freins qui ralentissent le développement de la télémédecine, le président du pôle e-santé de la CNESS a pointé du doigt les lourdeurs et les retards réglementaires. Il a rappelé que si le cadre légal a été posé dès 2018, suivi d’un décret présidentiel en 2022, les arrêtés d’application ne sont parus qu’en juin 2024. Il a émis le souhait de voir une concertation renforcée s’installer entre les instances compétentes et le ministère de la Santé pour concrétiser ces avancées sur le terrain.
Mohamed Ben Hamida a regretté des contraintes administratives pèsant sur les jeunes entreprises innovantes. Il a rappelé que 150 start-up ont déjà bénéficié des avantages du Start-up Act, mais que les exigences d’audit de sécurité réglementaire constituent une charge lourde pour des structures naissantes. Pour y remédier, il a suggéré la mise en place d’un audit préliminaire permettant à la start-up de démarrer son activité, avant de soumettre l’entreprise à un audit approfondi au bout d’une année d’exercice. A cet effet, il a appelé à la multiplication des partenariats stratégiques entre les opérateurs de télécommunications tels que Tunisie Telecom, le centre informatique du ministère de la santé (CIMS), les hôpitaux publics et le secteur privé pour faire de la Tunisie un hub médical moderne et attractif.