La fin de la semaine dernière a été plutôt mouvementée pour les militantes et les cadres de l’Union nationale des femmes tunisiennes (UNFT). Dans la même spirale qui menace l’existence même de cette organisation nationale dont l’histoire est marquée par un combat au quotidien pour la promotion des Tunisiennes et le progrès social, une saisie du bureau de la présidence de l’organisation a une nouvelle fois secoué l’UNFT.
Dans un communiqué publié le soir du samedi 24 octobre, à l’issue d’une réunion tenue au siège de l’organisation, le Comité central a réaffirmé son attachement à l’UNFT, à ses biens et à ses locaux. Cette instance a également exprimé son inquiétude face à la dégradation de la situation de l’organisation, dont les employés restent privés de leurs salaires et de leur couverture sociale.
Un optimisme mesuré face aux saisies
Le comité central attribue cette crise à l’accumulation de dettes héritées de périodes antérieures et à la suppression de la subvention destinée à financer les salaires du personnel. Cette situation a entraîné, selon cette instance, une succession de saisies visant à recouvrer les sommes dues. L’organisation refuse toutefois d’assumer la responsabilité de dettes et d’engagements financiers accumulés sous d’anciennes directions et administrations.
S’exprimant la veille, vendredi 23 octobre, la présidente de l’UNFT, Radhia Jerbi, a expliqué dans une publication sur sa page Facebook officielle, que la saisie avait été exécutée en application d’un jugement rendu par le Tribunal de première instance de Gafsa il y a 14 ans, avant sa prise de fonctions à la tête de l’organisation. Selon ses explications, les créances concernées couvrent la période allant de 1987 à 2012.
Radhia Jerbi a également indiqué que l’UNFT avait reçu, après l’exécution de la saisie, une convocation de l’inspection du travail concernant des retards dans le paiement des cotisations sociales ainsi que des convocations liées aux revendications des employés réclamant leurs salaires.
Malgré ces difficultés, le Comité central annonce que l’organisation entend poursuivre ses activités, notamment dans la lutte contre les violences faites aux femmes, l’accompagnement des femmes en situation de vulnérabilité et la promotion de leur autonomie économique. Il cite également la formation professionnelle, le soutien à l’initiative privée, particulièrement dans les zones rurales et éloignées ainsi que le renforcement de la participation des femmes à la vie publique et aux postes de décision.
Cette instance a également salué la mobilisation des employés et des structures de l’organisation, malgré l’absence de rémunération et l’interruption de la couverture sociale. Elle a aussi appelé à établir les responsabilités des personnes ayant contribué à l’accumulation des dettes et invité les associations partenaires, les organisations amies et les soutiens de l’UNFT à se mobiliser en faveur de sa pérennité.
Une marge de manœuvre qui se rétrécit
Entre biens saisis et droits des employés, la marge de manœuvre se rétrécit pour l’UNFT dont l’héritage militant pour l’émancipation des Tunisiennes est incontournable. Fragilisée par la crise, cette organisation continue de rechercher les ressorts de sa résilience ainsi qu’un rebond qui pourrait lui faire envisager l’avenir avec sérénité.
Même si la partie est loin d’être gagnée, le courage des militantes et le réseau national de l’organisation continuent de permettre la poursuite d’une action de proximité nécessaire à beaucoup de femmes sans voix, demeurées orphelines du dynamisme de l’UNFT dont le recul de certaines actions se fait vivement ressentir parmi les plus vulnérables de nos concitoyennes.
En attendant un dénouement de cette crise à tiroirs, le capital de sympathie en faveur de l’UNFT reste intact – malgré un passif indiscutable – dans plusieurs secteurs de la société tunisienne qui considère cette organisation populaire comme l’un des outils performants du jeune État tunisien de l’indépendance. Pour le moment, c’est la bouteille à l’encre sur fond de difficultés insurmontables et d’une résilience remarquable.
Hatem Bourial
Une histoire entre la cause des femmes et le parti au pouvoir
Fondée en 1956, l’Union nationale des femmes tunisiennes (UNFT) a, depuis ses débuts, été un vecteur proche des idées modernistes et agissant en faveur de l’émancipation des femmes dans le cadre politique du projet bourguibien.
Une organisation proche des pouvoirs publics
Prenant le relais d’organisations antérieures à l’instar de l’Union musulmane des femmes de Tunisie, l’UNFT sera pendant plusieurs décennies la promotrice de nombreux projets de développement et une structure de proximité pour les femmes des villes et des campagnes.
Jusqu’à la révolution tunisienne de 2011, l’UNFT restera proche du pouvoir et s’inscrira dans le sillage de son action. Dans cette optique, l’organisation a pu bénéficier de financements publics, notamment en ce qui concerne les salaires de ses employés.
Depuis 2011, cette plateforme historique du féminisme d’État tunisien est passée par plusieurs crises ayant notamment trait à ses capacités budgétaires. Ayant tourné la page de l’alignement sur le parti au pouvoir, l’UNFT essaie désormais de conquérir son indépendance et d’assurer sa continuité après un épisode où le parti islamiste avait tenté de mettre la main sur cette association.
Malgré de nombreuses difficultés, l’UNFT fait preuve de résilience et continue son parcours semé d’embûches sous la présidence de Radhia Jerbi élue à sa tête à la suite d’un congrès extraordinaire tenu le 3 février 2013 à Sousse.

La trace des anciennes présidentes
Les treize congrès successifs depuis la constitution de l’UNFT ont porté à la tête de l’organisation plusieurs présidentes et militantes de premier plan. Les difficultés actuelles de l’association font d’ailleurs que Radhia Jerbi, la présidente en cours de mandat, est à la tête de l’UNFT depuis treize années.
Seule Radhia Haddad avait eu une présence aussi longue puisqu’elle avait présidé aux destinées de l’organisation de 1958, date du premier congrès, à 1972, lors du quatrième congrès, marqué par l’élection de Fathia Mzali.
Auparavant, Aïcha Bellagha a assumé la présidence du comité provisoire issu du congrès constitutif ayant eu lieu en 1956.
Après les quatre mandats de Radhia Haddad, Fathia Mzali restera à la tête de l’UNFT de 1972 à 1986. Fatma Douik prendra le relais pour deux années de transition avant les mandats de Neziha Mazhoud (1988-1992), Faiza Kefi (1992-1999) et Samira Belhadj (1999-2000).
Chedlia Boukhchina (2000-2004) puis Aziza Htira (2004-2010) et Saloua Terzi (2010-2011) présideront l’Union nationale des femmes tunisiennes jusqu’à l’élection de Radhia Jerbi en 2013.
H.B