La Banque africaine de développement (BAD) prévoit un ralentissement de la croissance en Afrique du Nord à 4 % pour l’ensemble de l’année 2026, contre des estimations de 4,4 % en 2025. Cette prévision figure dans le rapport intitulé « Perspectives économiques en Afrique 2026 », présenté mardi à Brazzaville, en République du Congo, lors des assemblées annuelles de l’institution financière africaine (du 25 au 29 mai 2026).
Le même rapport, qui est l’une des principales publications du Groupe de la BAD, souligne que le taux de croissance pourrait atteindre 4,2 % pour la même région en 2027, à condition que les perturbations des chaînes d’approvisionnement diminuent. Le rapport prévoit que les perturbations de la navigation dans le détroit d’Ormuz auront des répercussions sur les exportations de la région vers le Moyen-Orient, une augmentation du coût des intrants pour la production d’engrais, ainsi qu’une hausse du coût de l’énergie pour les pays importateurs de produits pétroliers comme l’Égypte, le Maroc et la Tunisie. Le secteur du tourisme dans la sous-région devrait également être affecté négativement par la guerre au Moyen-Orient, en raison de la baisse du nombre de touristes en provenance des pays du Golfe.
Le rapport « Perspectives économiques en Afrique 2026 », qui examine les performances économiques récentes du continent et ses perspectives à moyen terme, affirme que la forte hausse des prix du pétrole et du gaz au niveau mondial accroît les pressions inflationnistes en Afrique. Le document prévoit que le taux d’inflation atteindra 10,4 % en 2026 avant de redescendre à 8,9 % en 2027. Bien que le taux d’inflation reste élevé en 2026, le taux prévu marque une baisse notable par rapport aux 13,7 % enregistrés en 2025, ce qui s’explique par l’augmentation de la production agricole et les effets positifs des politiques monétaires restrictives adoptées au cours des mois précédents. Cependant, selon la même source, l’inflation pourrait rester inférieure à 5 % dans 26 pays africains. Les monnaies de 27 pays avaient enregistré, au 28 avril 2026, une dépréciation par rapport au dollar américain par rapport à leur niveau de référence du 27 février 2026. Les banques centrales africaines ont abaissé leurs taux d’intérêt au cours de l’année 2025, reflétant une amélioration générale des anticipations d’inflation à moyen terme. Entre janvier 2025 et mars 2026, les taux directeurs ont été réduits en moyenne de 1,33 point de pourcentage. Selon le rapport, cela a conduit à des taux d’intérêt réels (après prise en compte de l’inflation) atteignant en moyenne 2,8 %.
Au début de l’agression au Moyen-Orient, la plupart des pays africains suivaient déjà des politiques monétaires relativement restrictives, ce qui pourrait leur donner une marge supplémentaire pour assouplir ces politiques lorsque les pressions inflationnistes actuelles diminueront. Toutefois, les pays importateurs de pétrole pourraient faire face à une forte augmentation de leur facture d’importations en raison de la hausse des prix du pétrole.
Les estimations indiquent que l’escalade des tensions géopolitiques pourrait entraîner une baisse des flux d’aide publique destinée aux efforts de développement en Afrique, augmentant ainsi les risques à court terme pesant sur le financement extérieur mondial. Les perturbations actuelles des chaînes d’approvisionnement mondiales pourraient affaiblir les conditions du marché du travail au Moyen-Orient, une région qui accueille 14 % des migrants africains, ce qui constitue un risque pour les transferts de fonds vers l’Afrique. Ces évolutions renforcent la nécessité pour les pays africains de réduire leur dépendance aux sources extérieures et d’explorer les opportunités de mobilisation des ressources locales pour financer le développement.
Le rapport souligne que la mobilisation de financements de développement à grande échelle est devenue incontournable pour permettre à l’Afrique de mettre en œuvre son propre programme de développement. Dans ce contexte, le rapport identifie des options politiques pratiques qui pourraient aider à mobiliser des capitaux importants pour une croissance rapide et plus résiliente. Il recommande d’entreprendre des réformes pour renforcer et consolider l’architecture financière africaine afin que le continent puisse renforcer son autonomie dans un monde de plus en plus fragmenté. La BAD appelle à cet égard à renforcer la gestion stratégique de la politique monétaire et de change pour atténuer l’impact des chocs multiples, parmi ses recommandations à court terme. Elle souligne la nécessité pour les banques centrales africaines d’adopter des politiques monétaires et de change prudentes et appropriées afin d’ancrer les anticipations d’inflation à long terme. Le rapport recommande également la mise en œuvre de politiques budgétaires prudentes pour atténuer les effets de la hausse des prix de l’énergie et des denrées alimentaires, contribuant ainsi à réduire les coûts pour les entreprises et à alléger la pression sur les ménages pauvres et vulnérables.Il exhorte par ailleurs à renforcer la capacité à attirer et à retenir les flux financiers extérieurs, notamment en augmentant la capacité d’absorption dans les secteurs émergents tels que les centres de données et les énergies renouvelables, afin de garantir une part plus importante du financement mondial des investissements.
À moyen et long terme, le rapport met l’accent sur la nécessité de diversifier le mix énergétique et les marchés de l’énergie en Afrique en accélérant les investissements dans les énergies renouvelables et le gaz, afin de renforcer la sécurité nationale. Il souligne également l’importance de renforcer l’intégration régionale et les échanges commerciaux pour se protéger contre les chocs mondiaux récurrents, réduire la dépendance aux importations et améliorer la compétitivité commerciale. Selon la BAD, le rapport « Perspectives économiques en Afrique » fournit une plateforme pour présenter les conclusions et recommandations à un large public international et contribuer à orienter les débats politiques sur la mobilisation et l’utilisation efficace des capitaux.
MBY