L’horreur en direct. C’est le spectacle nauséeux que des centaines de millions de personnes ont partagé sur les réseaux sociaux et différentes plateformes alternatives. Des vidéos et des photos qui sentent l’haleine des mineurs terrorisés, où l’on entend les longs sanglots des fillettes exténuées et les gémissements au cœur de la violence sexuelle.
Trop, c’est trop. De l’indignation à la prostration, en passant par la honte et la stupeur, les gens à travers le monde ont vécu cette régression morale profonde comme un désastre, un tsunami qui a aboli les valeurs et emporté les repères. L’abîme de la réalité quotidienne de l’horreur dans une «société des puissants», la fissure où l’obscurité sauvage de l’homme est «sans pourquoi». La faille majeure entre ce que l’on prêche pour les gens d’en bas et ce que l’on tolère pour les puissants.
Aussi choquante soit-elle, la publication de millions de documents sur l’affaire du criminel sexuel américain, Jeffrey Epstein, et plusieurs personnalités politiques, médiatiques, artistiques et d’affaires, ne donne pas toute la mesure du désastre. Tout sonne effrayant, révoltant, honteux, le monde va de scandale en scandale. Un avertissement brutal sur la vitesse à laquelle les normes de l’humanité peuvent se perdre, les notions de la moralité peuvent se défaire.
Conspués sur les barrages, les responsables politiques cités dans cette affaire ne peuvent pas dire «Nous ne savions pas !» Ils savaient, et par de nombreux canaux. Mais ils sont toujours experts dans la manière de manipuler la vérité et d’inventer des mensonges pour éviter l’inculpation.
Devant l’horreur de ces crimes, on se demande comment l’humanité a pu atteindre un tel degré de férocité. Nul doute que les racines de la sauvagerie sont à chercher dans la plus avilissante entreprise de criminalité conçue par l’humanité à travers les âges.
Dans cette entreprise, il y a ce qui s’explique et ce qui ne s’explique pas.
Restons dans le sillage de ce qui s’explique en admettant cette évidence historique : À chaque «société des puissants» ses criminels. À chaque «société des puissants» le carnage qui les fait naître. À chaque «société des puissants», donc le scandale qui produit un effet de cisaille sur les consciences du temps.
Cette affaire fait aussi resurgir, à titre d’exemple, celle de l’agression sexuelle sur mineurs qui a frappé les églises catholiques ainsi que celle de la pédophilie dans les camps de l’organisation terroriste, Daaech, en Syrie et en Irak.
Autour de l’argent, du sexe et du pouvoir, se déploient les vampiristes et les prédateurs.
Regarder ces crimes de face, c’est regarder ce triangle d’enfer, cette redoutable entreprise à trois pieds. Elle est ancienne , elle n’est pas propre aux sociétés occidentales, même si elle a été particulièrement portée par certaines d’entre elles. Elle est plus dangereuse qu’un simple crime sexuel, elle n’a jamais été absente dans l’histoire de l’humanité, y compris dans les périodes les plus lumineuses et, en même temps, elle n’a évidemment jamais été unanime.
Ce qui se brise ici, c’est une civilisation, ses valeurs, son humanité, qui paraissaient jusque-là acquises et, à travers tout cela, une certaine idée que les gens se faisaient encore de la première puissance mondiale et de l’Occident en général.
Et pour conclure, n’oublions pas le ressort de tout cela : l’essentialisme matérialiste, qui enrôle de force les vampiristes et les suceurs de sang dans l’enfer de la criminalité, leur déniant toute dignité humaine.