L’épilogue sanglant d’une cavale de quinze ans vient de s’écrire dans les montagnes du Djebel Nefoussa. Hier, l’homme qui fut tour à tour le visage réformateur de la Libye, le chef de guerre traqué et l’éternel fantôme des élections libyennes, a succombé à une attaque d’une précision chirurgicale. Seif al-Islam Kadhafi, 53 ans, n’est plus.
Tout s’est joué en quelques minutes dans la discrétion d’une résidence sécurisée de Zenten, cette ville-forteresse qui fut sa prison puis son sanctuaire. Selon des sources sécuritaires concordantes, un commando composé de quatre éléments lourdement armés et parfaitement renseigné a forcé le périmètre extérieur. Les échanges de tirs ont été brefs mais d’une violence inouïe.
Lorsque la fumée s’est dissipée, le constat était sans appel : le fils préféré de l’ancien leader libyen Mouammar Kadhafi a été atteint de plusieurs projectiles. Son avocat historique, Khaled el-Zaydi, la voix étranglée, a confirmé la nouvelle quelques heures plus tard, mettant fin à une décennie de rumeurs et de démentis.
Pourquoi maintenant ? Depuis sa réapparition médiatique en 2021, Seif al-Islam agaçait autant qu’il inquiétait. Il était le « troisième homme », celui qui, sans armée officielle ni territoire conquis, recueillait encore les faveurs d’une partie des tribus et des nostalgiques de l’ancien régime de la “Jamahirya”
Pour les puissances en place à Tripoli comme à l’Est, il restait une variable incontrôlable, un nom capable de court-circuiter les arrangements politiques les plus complexes. En l’éliminant, ses assassins n’ont pas seulement tué un homme ; ils ont enterré la dernière chance de restauration de la “dynastie Kadhafi”.
Aujourd’hui, l’émotion est vive et le risque de déflagration est réel. A Syrte et dans le Sud, ses bastions de soutien, la colère gronde. Les appels à la « vengeance nationale » se multiplient sur les réseaux sociaux, tandis que le gouvernement d’unité nationale tente désespérément de calmer le jeu en promettant une enquête transparente.
Mais en Libye, la justice des tribunaux est souvent devancée par celle des armes. L’assassinat de Seif al-Islam ne ferme pas seulement un chapitre de l’histoire du pays ; il ouvre une période d’incertitude totale où le spectre d’une nouvelle guerre tribale plane de nouveau sur ce pays devenu, depuis 2011, un échiquier où se jouent les ambitions de deux gouvernements concurrents et d’une myriade de milices aux allégeances changeantes.