Attentats du 11 septembre et Printemps arabe : l’histoire d’une instabilité mondiale durable

Your browser does not support the audio element.

Aujourd’hui, le monde commémore le 11 septembre 2001, journée tragique qui a marqué un tournant historique. Ces attentats, orchestrés par Al-Qaïda, ont frappé le cœur des Etats-Unis, faisant près de 3 000 victimes et laissant une empreinte psychologique et politique durable. Mais au-delà de l’onde de choc immédiate, le 11 septembre a profondément transformé la géopolitique mondiale, et plus particulièrement le Moyen-Orient et l’Afrique, en préparant un terrain fertile pour la montée de nouveaux mouvements terroristes et pour les bouleversements politiques qui allaient suivre avec le Printemps arabe.
La riposte américaine a été immédiate et radicale. La “guerre contre le terrorisme” menée par Washington a d’abord visé l’Afghanistan, avec l’objectif de renverser le régime de Taliban et d’éliminer Al-Qaïda. Puis est venue l’invasion de l’Irak en 2003, qui, sous prétexte de la recherche d’armes de destruction massive, a plongé le pays dans le chaos et la désorganisation politique. Cette intervention a eu des conséquences profondes : l’effondrement des institutions irakiennes a ouvert la voie à l’ascension des groupes terroristes l’émergence de groupes terroristes encore plus puissants , qui ont contrôlé de larges territoires en Irak et en Syrie et a diffusé une idéologie extrémiste mondiale, inspirant des filiales et des affiliés dans plusieurs pays, y compris Daech au Moyen- Orient et Boko Haram au sahel africain.
Les conséquences de cette période de conflits militaires et de fragilisation des Etats ont été amplifiées par le Printemps arabe. A partir de 2010, des mouvements populaires massifs ont renversé plusieurs régimes autoritaires, en Tunisie, en Egypte, en Libye, au Yémen , au Soudan et en Syrie. Ces bouleversements, salués comme des avancées démocratiques, ont paradoxalement créé un vide politique et sécuritaire dans de nombreuses régions, que des groupes extrémistes ont su exploiter. En Libye et en Syrie, l’effondrement de l’autorité étatique a permis l’implantation de groupes jihadistes, dont Daech et Al-Qaïda, qui se sont emparés de territoires et ont transformé des villes en véritables bastions du terrorisme.
En Syrie, la guerre civile, amplifiée par les divisions communautaires et la lutte pour le pouvoir, a fourni un terrain fertile à Daech et à d’autres groupes armés qui ont réussi finalement, avec l’appui des forces étrangères, à renverser, le 8 décembre 2025, le régime de Bachar Al-Assad. Ces mouvements ont non seulement consolidé leur contrôle territorial, mais ont aussi attiré des milliers de combattants étrangers, transformant le conflit syrien en un théâtre de terrorisme transnational. Parallèlement, en Afrique, Boko Haram a profité de l’instabilité régionale, multipliant les attentats, les enlèvements et les massacres, provoquant d’énormes crises humanitaires et obligeant plusieurs États à renforcer la coopération régionale pour tenter d’endiguer la menace.
Le 11 septembre a donc été un point de bascule, non seulement pour les Etats-Unis, mais pour l’ensemble du monde arabe et africain. Il a accéléré la militarisation des politiques de sécurité, la surveillance et la coopération internationale contre le terrorisme. Cependant, ces mesures n’ont pas suffi à enrayer la radicalisation, et dans de nombreux pays touchés par le Printemps arabe, l’effondrement des régimes a permis l’implantation durable de groupes extrémistes.
Parallèlement à ces bouleversements, la région a connu de profondes mutations politiques. En Tunisie, l’effondrement du régime de Ben Ali en 2011 a ouvert la voie à un processus démocratique fragile mais durable. En Égypte, la chute de Moubarak a entraîné une instabilité qui a permis à des groupes jihadistes de renforcer leur influence. En Libye, le renversement de Kadhafi a plongé le pays dans le chaos et l’anarchie sécuritaire. Au Yémen et au Soudan, la fragilité des Etats post-révolutions a également été exploitée par des mouvements armés. La Syrie, quant à elle, est devenue le théâtre d’une guerre interminable, où conflits internes, rivalités ethniques et religieuses et terrorisme se sont conjugués pour créer une crise humanitaire sans précédent.
Le 11 septembre, en déclenchant la guerre contre le terrorisme et en exposant les vulnérabilités des Etats, a indirectement contribué à cette recomposition géopolitique. Les Etats fragiles, souvent incapables de répondre aux défis internes et externes, sont devenus le terrain de jeu idéal pour les groupes extrémistes, tandis que la mondialisation et la connectivité numérique ont permis à ces derniers de diffuser leur idéologie et de recruter à l’échelle internationale.
Aujourd’hui, la commémoration du 11 septembre est aussi l’occasion de réfléchir sur les leçons du passé. Les attentats ont rappelé la vulnérabilité des sociétés face au terrorisme, mais ils ont aussi montré que la lutte contre l’extrémisme ne peut se limiter à la force militaire. La stabilisation du Moyen-Orient et de l’Afrique passe par le développement, l’éducation, la justice sociale et le renforcement des institutions, autant que par la sécurité.

Related posts

Sncft : Perturbation du trafic ferroviaire

Hommage solennel à feu Dr Slim Ben Salah, chirurgien pédiatre d’exception et homme de convictions

Affaire Ahmed Souab : Nouveau rassemblement de soutien prévu lundi