Au Chili, la victoire de José Antonio Kast marque un virage politique à droite

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Selon les derniers résultats communiqués par les autorités électorales chiliennes, José Antonio Kast a remporté le second tour de l’élection présidentielle organisé le 14 décembre 2025, accédant ainsi à la fonction de chef de l’État du Chili. Il a recueilli près de 58 % des suffrages exprimés, devançant largement sa rivale de gauche, Jeannette Jara, soutenue par la coalition gouvernementale sortante, qui a obtenu environ 42 % des voix. Ces chiffres reposent sur un dépouillement quasi intégral des bulletins de vote.
Cette victoire constitue un tournant majeur dans la vie politique chilienne. José Antonio Kast devient le président le plus clairement ancré à l’extrême droite depuis le retour à la démocratie en 1990, après la fin de la dictature d’Augusto Pinochet. Le résultat du scrutin illustre un changement notable d’orientation politique dans le pays, sur fond de forte polarisation électorale. La campagne a été largement dominée par les préoccupations des électeurs concernant la montée de l’insécurité, la criminalité, l’immigration irrégulière et les difficultés économiques.
Tout au long de la campagne, Kast a axé son discours sur le rétablissement de l’ordre et de l’autorité de l’État. Il a promis un durcissement des politiques de sécurité, un renforcement de la lutte contre la délinquance et une politique migratoire plus restrictive, allant jusqu’à évoquer des expulsions de migrants en situation irrégulière. Ces propositions ont rencontré un écho favorable auprès d’une partie importante de l’électorat, lassée par un sentiment d’instabilité et d’insécurité.
A l’issue du scrutin, Jeannette Jara a reconnu sa défaite et a salué le choix démocratique des Chiliens, tandis que le président sortant, Gabriel Boric, a félicité son successeur, marquant ainsi une transition pacifique du pouvoir. José Antonio Kast doit être officiellement investi le 11 mars 2026, conformément aux usages constitutionnels du pays.
Cette victoire ravive, chez une partie de la population, la crainte d’un retour des orientations politiques associées à l’époque d’Augusto Pinochet. Plus de trois décennies après la fin de la dictature militaire, le souvenir de cette période demeure profondément ancré dans la société chilienne, marqué par de graves violations des droits humains, une répression systématique de l’opposition et une restriction durable des libertés publiques. Dans ce contexte, l’accession au pouvoir d’un dirigeant situé à l’extrême droite du spectre politique suscite de fortes inquiétudes parmi les défenseurs des droits civiques et les familles de victimes du régime militaire.
Les positions conservatrices et sécuritaires portées par Kast, ainsi que certaines références assumées ou ambiguës à l’héritage politique de l’ère pinochetiste, alimentent les craintes d’un durcissement de l’action de l’État. Les opposants redoutent notamment un renforcement excessif des pouvoirs des forces de sécurité, une remise en cause de certaines avancées démocratiques et un affaiblissement des politiques de mémoire et de justice liées aux crimes du passé. Pour eux, le risque n’est pas un retour formel à une dictature, mais une normalisation progressive de pratiques autoritaires au nom de l’ordre et de la stabilité.
l’inverse, les partisans du nouveau président estiment que ces inquiétudes sont exagérées et affirment que son action s’inscrira dans le cadre strict des institutions démocratiques. Ils mettent en avant la nécessité de répondre à l’insécurité, à la criminalité et aux difficultés économiques, considérant que la fermeté de l’État est une condition indispensable pour restaurer la confiance et la cohésion sociale. Cette opposition de perceptions illustre la fracture persistante de la société chilienne face à l’héritage de la dictature, un passé qui continue de peser lourdement sur les débats politiques et sur l’avenir démocratique du pays.
De leur côté, des observateurs internationaux soulignent  que cette élection s’inscrit dans une dynamique plus large en Amérique latine, où plusieurs pays voient émerger ou se renforcer des forces politiques conservatrices ou populistes de droite, dans un contexte régional marqué par des débats intenses sur la sécurité, la gouvernance et les modèles économiques.

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