Au cœur de l’initiative « La Ceinture et la Route » :  “La Maison de la Sagesse”, un pont culturel entre la Chine et ses partenaires

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Persuadée que la culture est l’un des vecteurs les plus puissants pour rapprocher les peuples, la République populaire de Chine s’efforce depuis de nombreuses années, et plus encore depuis le lancement en 2013 de l’initiative « La Ceinture et la Route » ou « la Nouvelle Route de la Soie » par le président Xi Jinping, de réduire les distances et d’effacer les frontières géographiques.
Dans l’objectif de bâtir des rapports forts et durables et nouer des relations solides avec ses partenaires inclus dans cette initiative notamment la Tunisie, il était impératif pour les dirigeants de ce pays gigantesque de surmonter les obstacles et de franchir les barrières intellectuelles, culturelles et surtout linguistiques, non seulement pour unifier la langue de communication, mais aussi pour ouvrir des canaux d’échanges culturels et intellectuels et ce, à travers la création et la mise en place des institutions et des structures idoines pour se charger de cette mission.
Le groupe “Maison de la Sagesse pour les échanges culturels internationaux” (Beyt al-Hikma) est l’une des célèbres institutions qui jouent un rôle primordial dans la promotion culturelle et civilisationnelle de ce pays qui ne cesse de se positionner au-devant de la scène internationale et de se présenter comme une locomotive de développement mondial tant sur le plan économique que technologique et culturel.
Située au cœur de la ville de Yinchuan, capitale de la région autonome de Ningxia, la Maison de la Sagesse, riche en références, objets historiques et équipements techniques avancés, est implantée au centre d’un complexe administratif comprenant de nombreux établissements vitaux de la région.

La Maison de la Sagesse : une fenêtre ouverte sur le monde
A l’instar de nombreuses institutions culturelles portant le nom de « Maison de la Sagesse », cet établissement fondé en 2011, tire également son nom de l’Académie de la Maison de la Sagesse, qui existait à Bagdad (capitale irakienne) durant l’âge d’or de la civilisation islamique, où des érudits traduisaient et diffusaient des œuvres philosophiques et scientifiques des civilisations grecque, persane et indienne. D’ailleurs, selon l’encyclopédie arabe, la Maison de la Sagesse désigne « une institution scientifique apparue sous le règne de Haroun al-Rachid (780 – 809) et qui a prospéré durant l’ère Al-Ma’moun, dédiée à la traduction en arabe de nombreux ouvrages grecs en science et en philosophie ».
De ce fait, la traduction fut également la première activité de la Maison de la Sagesse, car elle joue un rôle primordial dans la diffusion et la vulgarisation d’une culture humaniste partagée, ouvrant ainsi des fenêtres de rapprochement entre les peuples du monde entier et à travers les époques. Le rôle de la Maison de la Sagesse dans la traduction d’œuvres littéraires, philosophiques et scientifiques chinoises vers d’autres langues, en particulier l’arabe, facilite la compréhension mutuelle entre les cultures chinoise et arabes en diffusant des œuvres classiques et contemporaines.
La Maison de la Sagesse se fondait sur quatre axes principaux, à savoir l’enseignement et l’apprentissage de la langue chinoise, la traduction et la publication des livres, des travaux académiques, des revues et des rapports pour approfondir la compréhension mutuelle des systèmes économiques, politiques et sociaux, la traduction et le doublage de films et d’œuvres audiovisuelles, ainsi que l’organisation de conférences et colloques dans le cadre des initiatives de coopération économique et scientifique facilitant les rencontres et les dialogues sur les technologies émergentes, le développement durable et d’autres sujets liés aux intérêts mutuels des pays arabes et africains et de la Chine.
Quant à la collaboration avec d’autres institutions arabes et africaines dont tunisiennes, la Maison de la Sagesse compte élargir ses partenariats pour promouvoir les échanges intellectuels et culturels.

Promouvoir les échanges intellectuels et culturels
Afin d’élargir son champ d’activité, la Maison de la Sagesse a établi des antennes à l’extérieur de la Chine pour se rapprocher davantage de son public, notamment dans les les pays arabes. D’ailleurs, outre les bureaux implantés dans certains pays, la Maison de la sagesse a créé deux instituts pour l’enseignement de la langue chinoise en Arabie saoudite afin de faciliter la communication et la découverte de la culture chinoise par les citoyens de cette région. L’apprentissage de la langue chinoise demeure un axe très essentiel dans la politique d’ouverture de la Chine sur le monde arabe et africain et ce, à travers des programmes éducatifs, des bourses d’études et des centres d’enseignement du chinois y compris en Tunisie.
Dans le même ordre d’idées, l’institution prévoit l’élargissement de la liste de partenaires en menant des expériences pareilles dans d’autres pays arabes comme la Palestine, Bahreïn et la Tunisie. Selon un responsable chinois de cette institution, la maison de la Sagesse aspire à établir des liens de coopération avec d’autres organisations similaires, et reste ouverte à toutes les initiatives visant à échanger des expériences, des connaissances et des produits.

Les Pensées de Xi Jinping au chevet de l’humanité
La Maison de la Sagesse contribue à l’intégration culturelle et à la promotion de la vision économique du président Xi Jinping, qui ambitionne de transformer la Chine en un pôle économique et culturel mondial. C’est ainsi que les livres de ce leader chinois, l’homme le plus puissant du monde ces dernières années, ont été traduits et distribués non seulement en Chine mais également dans la plupart des pays partenaires comme la Tunisie, notamment à travers la participation aux foires et expositions organisées partout dans le monde.
Les idéaux et les pensées de Xi Jinping, considéré comme le “nouveau Mao Zedong ”, sont accessibles à travers ses différents ouvrages, notamment « La diplomatie chinoise dans la pensée de Xi Jinping ».
Cet ouvrage, faut-il le signaler, incarne une approche multidimensionnelle qui combine le développement économique, le renforcement militaire et l’influence culturelle et idéologique. Pour le leader chinois, cette diplomatie est fondée sur les axes suivants : Le destin commun pour l’humanité », l’initiative “la Nouvelle Route de la soie”, un projet qui vise à revitaliser les anciennes routes commerciales reliant la Chine à l’Europe, l’Afrique et d’autres régions, “Le respect de la souveraineté et la sécurité nationale”, “Le multilatéralisme” ou l’opposition à l’hégémonisme, à l’unilatéralisme américains reflétant une mentalité héritée de la Guerre froide, “Un modèle de développement alternatif”, basé sur la modernisation socialiste avec des caractéristiques chinoises, “La diplomatie verte”, avec l’engagement de la Chine dans la lutte contre le changement climatique tout en visant la neutralité carbone d’ici 2060. Cette « pensée diplomatique de Xi Jinping » vise à promouvoir un ordre international réformé, multilatéral et plus équitable, où la République de Chine contribue activement à la paix, à la sécurité et au développement global.
Il faut dire que la pensée de Xi Jinping est devenue une référence en matière de réformes. Le président chinois est devenu une discipline académique à part entière et ce, grâce à plusieurs institutions et centres d’études consacrés au partage de ses pensées, sa philosophie et sa vision politique, culturelle et économique. Sans parler de la base de données sur la pensée de Xi Jinping concernant le socialisme à la chinoise qui a été lancée et dont la mission est de collecter et actualiser les discours, les articles, les instructions, les commentaires, les livres et les actualités connexes. Cette plateforme complète met à la disposition des chercheurs et ceux voulant s’informer sur la pensée de ce leader, des informations riches et diversifiées, notamment sur le socialisme à la chinoise de la nouvelle ère.
S’ajoutent à ces travaux de Xi Jinping permettant la promotion de l’initiative “la Ceinture et la Route”, plus de 1 500 œuvres, couvrant des domaines variés comme l’industrie, la politique et la littérature et qui ont été traduits par la Maison de la Sagesse depuis sa création.

Une richesse culturelle singulière
De plus, la Maison de la Sagesse pour les échanges culturels internationaux a doublé et distribué plus de 110 programmes pour enfants dans plusieurs langues, renforçant son rôle de pont culturel entre la Chine et les pays arabes et africains, dont la Tunisie qui se dote, elle aussi, d’une institution prestigieuse portant le même nom. Il s’agit de l’Académie tunisienne des sciences, des lettres et des arts, connue sous le nom « Beït al-Hikma », une institution fondée en 1983 et dont la mission est de promouvoir la recherche scientifique, l’échange intellectuel, et le développement des connaissances dans divers domaines notamment les sciences, la littérature, et les arts. Cette institution se présente comme une plateforme permettant aux chercheurs, intellectuels et artistes tunisiens et étrangers d’échanger des idées, présenter leurs travaux et contribuer à l’enrichissement du savoir et ce, à travers l’organisation des conférences, des séminaires, et la publication des ouvrages dans plusieurs langues.
Ce rapprochement culturel tant espéré avec les pays situés sur la Route de la Soie nous mène ainsi à jeter la lumière sur l’industrie culturelle en Chine. Il s’agit, selon les derniers chiffres, d’un secteur en pleine expansion, jouant ainsi un rôle clé dans l’économie du pays tout en renforçant son influence culturelle à l’échelle mondiale. Selon des données présentées en 2023 par l’agence de presse Xinhua, les revenus des grandes entreprises du secteur culturel chinois et des activités connexes “ont augmenté de 10,7% sur un an au deuxième trimestre, soit la première croissance à deux chiffres enregistrée depuis le troisième trimestre de 2021, d’après le Bureau d’État des statistiques (BES)”.
Ces chiffres sont à même d’être améliorés car le secteur culturel maintient toujours son élan de reprise grâce aux politiques de soutien du gouvernement qui ont libéré le potentiel du marché.
Englobant une grande variété de sous-secteurs, tels que le la télévision, le cinéma, les arts visuels, la musique, les jeux vidéo, l’édition et les médias, cette industrie ne cesse de jouer le rôle de moteur économique et d’outil de puissance douce, visant à promouvoir son image et sa culture à l’international.
Outre le cinéma chinois qui connaît une croissance rapide faisant ainsi de la Chine l’un des plus grands marchés cinématographiques au monde (en 2020, le box-office chinois a même dépassé celui des États-Unis, marquant un tournant historique), l’industrie de la télévision est non moins florissante, avec une augmentation de la production de séries et de programmes télévisés exportés vers de nombreux pays, notamment en Asie, en Afrique, et dans certains pays arabes. En ce sens, le groupe CCTV (China Central Television), l’un des plus grands réseaux de télévision en Chine, appartenant à l’État chinois et fondé en 1958, joue un rôle crucial dans la diffusion de la culture, de l’information et des divertissements en Chine et au-delà. Composé de 17 chaînes spécialisées, ce groupe diversifie également les langues de diffusion pour atteindre davantage de public, notamment étranger.
D’ailleurs, de nombreux accords de partenariat entre des établissements audiovisuels dans plusieurs pays du monde y compris la Tunisie et le groupe CCTV ont été signés dans l’objectif de renforcer la production de programmes conjoints et de films documentaires sur le patrimoine culturel de chaque pays. On peut citer dans ce sens, l’accord de coopération signé en 2015 entre l’Établissement de la télévision tunisienne et la TV chinoise dans le domaine de l’échange des programmes et des expertises.
Cette stratégie de rapprochement avec la Tunisie inscrite dans l’initiative de “la Route de la Soie” mise aussi sur d’autres disciplines culturelles telles que la musique (à travers les nombreuses plateformes de streaming comme QQ Music et NetEase Cloud Music qui permettent à la musique chinoise de se faire connaître), les jeux vidéo (ils représentent une industrie à part entière où la Chine s’est imposée en tant que leader mondial non seulement en étant un marché massif pour les jeux, mais aussi un producteur de contenu qui influence la culture des jeux vidéo à l’échelle internationale).

Mohamed Ali Ben Sghaïer

 

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