Au Kram, la tapisserie tunisienne cherche plus qu’une vitrine : un avenir

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Le ministre du Tourisme, Sofiane Tekaya, inaugure ce vendredi à 15h, au Palais des expositions du Kram, la 14ᵉ édition du Salon de la tapisserie et des textiles traditionnels, un rendez-vous qui se poursuivra jusqu’au 28 décembre.

Organisée par l’Office national de l’artisanat, cette édition se veut une démonstration de force. Elle affirme, du moins sur le papier, la volonté de préserver le patrimoine textile tunisien, tout en offrant aux artisanes et artisans un espace de visibilité, de commercialisation et – ambition plus difficile – d’innovation.

Un secteur riche, mais fragile

Le salon réunit 190 artisan·e·s et entreprises artisanales venus de toutes les régions du pays. Tapis noués, kilims, mergoums, flij, haml, machta, tentures murales, produits en fibres végétales ou broderies manuelles : la diversité est réelle, la maîtrise technique indéniable. Mais cette richesse contraste avec la précarité structurelle du secteur, souvent enfermé dans une logique de survie plutôt que de développement.

Le pôle commercial du salon met en avant la qualité du produit tunisien. Encore faut-il dépasser la simple exposition pour aller vers une vraie stratégie de marché, orientée export, design contemporain et adaptation aux nouveaux usages.

Mémoire, innovation… et rupture nécessaire

Le pôle “Patrimoine artisanal” propose une lecture muséale et pédagogique de l’évolution des techniques textiles. C’est utile, mais insuffisant si l’artisanat reste cantonné au passé. La transmission ne doit pas figer, elle doit transformer.

C’est précisément l’enjeu du pôle concours d’innovation, consacré au textile mural et à la tapisserie tissée. Ici, le discours change : il s’agit de réinterpréter les savoir-faire, d’assumer une esthétique contemporaine et de positionner l’artisanat comme un champ de création à part entière, pas comme un vestige folklorique.

Le Centre technique de l’innovation et de la rénovation dans la tapisserie et le tissage présente, de son côté, ses projets de modernisation des techniques de production et d’accompagnement des artisan·e·s. Là encore, l’intention est bonne. Le défi reste l’impact réel sur le terrain, notamment dans les régions intérieures.

Régions, médias et économie sociale : des signaux à consolider

La présence de la Fédération nationale de l’artisanat, des entreprises communautaires actives dans le textile et du projet “Tunisie créative” traduit une volonté d’intégrer les territoires, l’économie sociale et les initiatives locales dans une dynamique nationale. Les démonstrations autour de l’halfa de Kasserine, du kilim du Kef ou des fibres végétales de Gabès rappellent que le génie artisanal tunisien est profondément régionalisé.

Reste à transformer cette diversité en avantage compétitif, et non en simple catalogue.

Un espace dédié aux médias accompagne l’événement. C’est indispensable. Mais la couverture médiatique ne doit pas se limiter à des inaugurations protocolaires : le secteur mérite un débat public sérieux sur son financement, sa protection, son intégration dans les politiques touristiques et culturelles.

L’Office national de l’artisanat présente ce salon comme une opportunité de découvrir la richesse du textile tunisien et le savoir-faire des artisan·e·s.

Le Salon de la tapisserie est ouvert au public tous les jours de 10h30 à 19h. Il offre une vitrine. À l’État et aux acteurs du secteur d’en faire un levier. Sans cela, le patrimoine continuera d’être célébré… pendant qu’il s’effrite.

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