Automobile : Moez Belkhiria alerte sur un avantage fiscal de la LF 2026 qui crée un déséquilibre concurrentiel

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La loi des finances 2026, promulguée par le président de la République et parue vendredi dernier dans le Journal Officiel de la République Tunisienne (JORT) continue de faire couler de l’encre. Plusieurs de ses dispositions, notamment celles touchant à la fiscalité, interrogent par leur impact concret sur les secteurs économiques. L’article 47, consacré aux véhicules hybrides non rechargeables, en est l’illustration la plus récente. Présenté comme un levier pour encourager une mobilité plus propre, il soulève aujourd’hui des questions de cohérence, d’équité et de méthode.

Photo d’archive Réalités

C’est pour éclairer ces enjeux que BSB Toyota Tunisie a organisé, une conférence de presse ce mardi 16 décembre 2025. A cette occasion, le directeur général de l’entreprise, Moez Belkhiria est revenu sur les effets réels du texte, chiffres à l’appui, et sur ses conséquences pour le marché et pour le consommateur.

Dans sa formulation, l’article 47 introduit une réduction de 50 % des droits de consommation au profit des véhicules hybrides non rechargeables. Mais cette réduction est conditionnée à un critère unique : la cylindrée du moteur thermique, plafonnée à 1 700 cm³. Tout véhicule dépassant ce seuil est automatiquement exclu du dispositif, indépendamment de sa consommation réelle ou de ses émissions.

Moez Belkhiria a considéré que l’application de cet article va être à l’origine d’une ligne de fracture nette sur le marché. En effet, la Toyota RAV4 hybride non rechargeable, dotée d’un moteur thermique de 2,5 litres, ne peut bénéficier d’aucun allègement fiscal en vertu de cet article.  À l’inverse, des modèles concurrents directs, respectant le seuil de cylindrée, profitent pleinement de la réduction, même lorsqu’ils affichent une consommation plus élevée.

Toyota RAV4: 1,2 million d’unités vendues en 2025

Moez Belkhiria a rappelé que le critère de cylindrée ne reflète pas toujours la performance environnementale d’un véhicule hybride. Selon les données techniques présentées par BSB Toyota, la RAV4 hybride affiche une consommation moyenne inférieure d’environ 2,5 litres aux 100 km par rapport à certains modèles concurrents éligibles à l’avantage fiscal en question.

Autrement dit, un véhicule plus sobre à l’usage se retrouve fiscalement pénalisé, tandis que des modèles moins efficients sont favorisés.

La Toyota RAV4 victime de son succès ?

En 2024, près de 800 unités de la Toyota RAV4 hybride non rechargeable ont été vendues en Tunisie. Sur la même période, les principaux modèles concurrents positionnés sur le même segment n’ont écoulé qu’environ 200 unités chacun.

En 2025, la dynamique s’est poursuivie, avec 650 unités déjà commercialisées à ce jour. La RAV4 s’impose ainsi comme le véhicule hybride non rechargeable le plus vendu en Tunisie, loin devant ses concurrents directs.

À l’échelle mondiale, le constat est similaire. Moez Belkhiria a expliqué que la Toyota RAV4 est le modèle hybride non rechargeable le plus vendu au monde, avec 1,2 million d’unités écoulées en 2025. Un succès bâti sur la fiabilité du système hybride Toyota et sur une consommation maîtrisée.

Sans accuser directement le législateur, BSB Toyota Tunisie pointe une conséquence difficilement contestable. En effet, l’article 47 semble créer une situation assimilable à une concurrence déloyale. Lorsqu’un avantage fiscal bénéficie à certains acteurs et en exclut un seul sur la base d’un seuil technique discutable, le marché n’est plus sur un pied d’égalité.

Deux modèles concurrents directs bénéficient de la réduction fiscale, tandis que la RAV4 en est exclue, malgré de meilleures performances à l’usage.

Dans ce contexte, Belkhiria a évoqué l’absence totale de concertation avant l’introduction de cette nouvelle mesure fiscale. « Une discussion préalable avec les concessionnaires et les acteurs du secteur aurait permis d’intégrer des critères plus représentatifs, comme la consommation réelle ou les émissions », explique Moez Belkhiria. Selon lui, les acteurs du marché disposent de données précises qui auraient pu contribuer à un texte plus équilibré, sans remettre en cause l’objectif environnemental.

« Il y a, selon nous, un malentendu technique. Le dispositif s’est basé sur la cylindrée du moteur thermique, alors que l’architecture hybride globale montre que notre véhicule est plus efficient, ce que nous avons documenté. »a-t-il affirmé.

Au-delà du débat technique et concurrentiel, l’impact le plus direct concerne le consommateur. L’exclusion de la RAV4 du dispositif fiscal se traduira mécaniquement par une hausse importante du prix de vente. Selon les estimations avancées, le prix du véhicule pourrait augmenter d’au moins 40 mille dinars en fonction de l’application des droits de consommation.

« L’impact est clair. Avec le nouvel article, la RAV4 hybride passe d’un droit de consommation de 44 % à 88 %, ce qui se traduira par une hausse du prix de vente estimée entre 40 et 45 mille dinars, avec un effet inévitable sur les volumes. » a-t-il estimé au micro de Réalités Online.

Une augmentation qui pénalise des clients ayant fait le choix de l’hybride pour réduire leur consommation de carburant et leurs coûts d’usage. « La fiscalité finit toujours par se répercuter sur l’acheteur.», rappelle Moez Belkhiria.

À ce stade, l’article 47 n’est pas encore appliqué, son entrée en vigueur effective restant conditionnée à la publication de son décret d’application.  Sans remettre en cause la loi des finances dans son ensemble, l’entreprise appelle à une approche plus équilibrée, fondée sur des critères mesurables et équitables.

Mais au-delà du cas de la RAV4, l’article 47 pose une question de fond : comment encourager réellement la mobilité propre sans créer de distorsions, ni pénaliser le consommateur ?

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