La mobilisation mondiale pour la Palestine est en marche. Un peu trop tard, peut-être, mais utile, malgré tout, pour marquer les esprits et faire prendre conscience de la dangerosité de l’idéologie suprématiste, qu’elle soit religieuse ou identitaire. Car c’est seulement quand les consciences se réveillent que l’Histoire peut être écrite avec l’objectivité et la sincérité qui s’imposent et que les leçons peuvent être tirées des erreurs, voire des crimes dont les dirigeants de ce monde se sont rendus responsables, voire coupables, au fil des années et des siècles. Commençons par la flottille internationale version 2, la plus grande jamais organisée qui se dirige vers Gaza, la Global Sumud Flotilla, après celle tentée en juin dernier. Il est prévu que les premiers participants qui ont pris le départ de Barcelone le 31 août dernier seront rejoints par d’autres bateaux venant de Tunisie et d’autres ports méditerranéens le 4 septembre. L’objectif : rompre, même symboliquement, le « siège illégal et inhumain de Gaza » en tentant d’atteindre l’enclave pour apporter des aides humanitaires. A bord de la flottille, des personnalités de renom, comme l’activiste suédoise Greta Thunberg, des politiques, des gens du cinéma, comme l’actrice américaine Susan Sarandon, et d’autres. L’organisation prévoit également des manifestations et des actions de solidarité simultanées dans environ 44 pays.
Au même moment, du côté de la diplomatie et des relations internationales, plusieurs pays occidentaux s’apprêtent à reconnaître l’Etat palestinien à la 80e Assemblée générale des Nations unies qui doit se dérouler prochainement à New York, un rendez-vous auquel les représentants palestiniens risquent de ne pas assister parce que le Département d’Etat a décidé de ne pas leur accorder de visa pour entrer dans le territoire américain. Dans le monde des médias, où on aurait beaucoup à dire sur l’état de la liberté de la presse mondiale sous l’implacable censure militaire israélienne à Gaza et la censure politique européenne en Ukraine, une campagne internationale a été lancée le 1er septembre. Reporters sans frontières, la Fédération internationale des journalistes, l’Union internationale des journalistes et toutes les structures professionnelles adhérentes à travers le monde, dont le Syndicat national des journalistes tunisiens et la Fédération tunisienne des directeurs de journaux, ont répondu présents pour enfin donner de la voix à Gaza hors du territoire assiégé. Les journalistes du monde entier, un bon nombre du moins, ont ainsi, et enfin, décidé de se mobiliser pour appeler à la protection des journalistes palestiniens à Gaza et revendiquer l’accès à l’enclave interdite aux médias du monde entier depuis le 7 octobre 2023. Cette campagne fait écho au cri de détresse lancé par Wael Dahdouh sur la chaîne qatarie Al Jazeera au lendemain de l’assassinat de son collègue Anas Cherif, « la voix de Gaza », le 10 août dernier, par l’armée israélienne, qui l’a reconnu, avec cinq autres journalistes et photographes palestiniens. Lui-même rescapé d’une attaque au drone, le directeur du bureau de la chaîne qatarie à Gaza avait appelé les journalistes du monde entier à au moins se mobiliser pour dénoncer le massacre d’environ 254 journalistes palestiniens par l’armée israélienne afin de les faire taire et d’enterrer la vérité avec eux sous les ruines de Gaza. Ce 1er septembre, c’est chose faite, pourvu que la mobilisation continue et que les images et les informations émanant de Gaza, grâce au courage des journalistes palestiniens, soient relayées dans le monde entier pour que la vérité ne soit pas assassinée à son tour.
Dans nos murs, aussi, ça bouge, ça bouillonne et même ça tombe dans la violence. De multiples manifestations pro-palestiniennes ont eu lieu depuis le début des massacres à Gaza concomitamment à un mouvement de boycott des produits et des enseignes en lien direct ou indirect avec des entreprises israéliennes. Mais, samedi 30 août, le mouvement de boycott a dégénéré en affrontements entre Tunisiens, agents de sécurité, employés d’une enseigne étrangère et des manifestants pro-boycott. Et c’est là que le bât blesse. La cause palestinienne ne doit pas être enterrée, certes, elle bénéficie d’un consensus national en Tunisie, tous les Tunisiens sont logés à la même enseigne pour ce qui concerne le droit des Palestiniens à un Etat indépendant dans leurs terres, aujourd’hui occupées. Mais attention à ne pas perdre la boussole, à transformer une cause qui unit tous les Tunisiens, sans doute la seule, en un conflit qui les divise et, plus grave encore, qui les pousse à la violence. Le boycott est une autre manière de faire la guerre et il est à la portée de tous les peuples, de tout un chacun, à défaut de pouvoir prendre les armes et aller faire la guerre à Gaza. Nul ne peut, en effet, être insensible au massacre de plus de 70.000 Palestiniens dont plus de 70% sont des femmes et des enfants dans une guerre où tous les crimes de guerre et contre l’humanité ont été commis par l’armée la plus immorale au monde. Mais il ne faut pas se tromper d’ennemis. Des Tunisiens voudraient préserver leurs emplois, d’autres n’y verraient pas de réel intérêt à boycotter une enseigne qui commercialise des produits tunisiens et emploie des Tunisiens. Qui va donc payer la facture ? Il faut y réfléchir et en débattre. Le boycott est une arme redoutable, à long terme, à condition qu’il ne produise pas de contrecoups sur ses auteurs. Il s’agit d’épargner les intérêts économiques et sociaux des Tunisiens. Les Tunisiens ont eu l’occasion de démontrer qu’ils ne manquent pas d’idée et d’ingéniosité. En juin dernier, ils ont été les instigateurs de la « caravane de la Résistance » vers Gaza pour tenter de casser le blocus, la caravane n’a pas pu arriver à terme de son voyage mais elle a marqué les esprits et surtout ébranlé l’ennemi sioniste qui a veillé à ce que la caravane ne franchisse pas les frontières des pays voisins.
Alors, mobilisation, oui, boycott, oui, harakiri, non.