Les guerres enrichissent le vocabulaire mortifère. Il est question de conflits à basse, moyenne et haute intensité. Moins de mille morts par an classe l’antagonisme parmi les heurts à basse intensité. D’une froideur glaciale, ce comptage réduit les têtes à des paquets de buchettes manipulées par l’écolier. La comptabilité occulte l’atrocité quand les macchabées se comptent par milliers. Cependant, par-delà ce procédé machiavélique plane la tentation diabolique.
En effet, la solution finale suggère à Netanyahou et Poutine l’issue terminale. Pour le petit Satan elle s’appelle déportation et pour le maître du Kremlin, elle a pour nom invasion. Et dans la mesure où la discursivité fait partie de l’être au monde, précisait Heidegger, aucune guerre n’existe sans narratif justificatif.
Pour Caton l’ancien, «Delenda est Carthago» dans la mesure où Carthago menace Rome. Pour les sionistes, il faut déporter les Palestiniens puisque leur territoire leur appartient. Poutine doit récupérer l’Ukraine car elle faisait partie de l’URSS, la mère patrie.
Mais pour la sale guerre déclenchée par Trump contre l’Iran, quel serait le narratif justificatif ?
Tantôt il est question d’une décapitation susceptible de libérer la population opprimée par les Pasdarans, tantôt il s’agit d’empêcher les Gardiens de la révolution d’accéder au nucléaire, tantôt il faut retirer aux Iraniens le moyen de bloquer le détroit d’Ormuz et tantôt il s’agirait de frapper la flotte fantôme. Pour leur diversité, ces narratifs gravitent autour de l’absence d’un véridique motif justificatif. «L’enfer est pavé de bonnes intentions», proclamait Saint Bernard de Clairvaux au XIIe siècle, autrement dit bien avant les repreneurs de sa formulation sans les citer. Mais quelle est, alors, la raison de s’en prendre à l’Iran ? Elle relève de l’expansionnisme, trait caractéristique de l’impérialisme.
Aujourd’hui sévit l’hégémonisme hautain du cynisme israélo-américain. Le 10 septembre, une bombe perforante, larguée au sud-Liban, provoque une secousse tellurique, par sa puissance fantastique.
Elle illustre à quel point persévère le soutien du petit Satan par le grand. L’Angleterre soutient les palestiniens. Qu’à cela ne tienne !
Israël ferme le consulat britannique à Jérusalem et interdit à douze Anglais d’entrer chez elle. Le grand Satan approuve la réaction du petit.
Horrible cerbère, Trump ne mérite pas d’être sur terre. Et pour Téhéran, il faut tuer Satan.
Sur une liste noire, il figure au premier rang des monstres à canarder sans autre forme de procès. Lors des funérailles, grandioses, d’Ali Khamenei, inhumé à Mashad, les pancartes, innombrables, portaient l’inscription «Kill Trump». L’injonction fut énoncée au vu du monde entier, bien avant que les services secrets israéliens ne s’en attribuent la soi-disant découverte initiale et originale. Ils transmettent le secret de Polichinelle au grand Satan pour braquer encore davantage le truand malfaisant contre l’Iran. Tous rivalisent de courbettes envers le puissant malhonnête. Même indigné par l’entreprise génocidaire à Gaza, Erdogan se laisse dissuader, par Trump, d’attaquer Israël et offre au président américain le révolver Magnum en guise de très beau cadeau.
La tradition ottomane sait offrir le don à la fois mirifique et symbolique. Cher ami, voilà de quoi répliquer à qui viendra te canarder.
Hélas, n’est pas James Bond qui veut et surtout pas un si vieux gâteux. Déboussolé par les risques démultipliés, Trump, l’exorciste, attribue aux Pasdarans les vices qui lui sont, à juste titre, attribués, le sexisme et la brutalité, qualités appréciées à Paris et à Washington, même si leurs avis diffèrent sur les 5.000 dollars promis à qui votera pour lui…