BCT : Le dilemme de la politique monétaire face à la relance

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Consciente des enjeux et des défis auxquels fait face l’économie tunisienne, la Banque centrale de Tunisie (BCT) adopte une approche prudente.

Par Mohamed Ben Naceur

A l’issue de la récente réunion de son Conseil d’Administration du 30 juillet 2025, la BCT a maintenu son taux directeur à 7,50%.
Bien que cette décision puisse être compréhensible dans une optique de stabilité du taux de change et de soutien au financement au budget, un tel niveau de taux d’intérêt limite considérablement les perspectives de reprise économique. Cette décision, motivée par la prudence, soulève un débat crucial sur les priorités de la politique économique : comment la BCT peut-elle stimuler la croissance, essentielle à l’économie, tout en luttant contre une inflation persistante ? 

Un taux directeur élevé malgré la désinflation
La décision de maintenir le taux directeur à 7,50% intervient dans un contexte de désinflation graduelle, le taux d’inflation global s’est modéré, atteignant 5,3% en juillet 2025 après avoir enregistré 5,4% en juin. Cette situation crée une apparente contradiction. Alors que l’inflation semble ralentir, la BCT choisit de ne pas assouplir sa politique monétaire.
L’explication réside dans la vigilance de l’institut d’émission face à des risques qui demeurent significatifs. La BCT est particulièrement préoccupée par l’inflation des produits alimentaires qui reste alarmante à 13,6%, et par la nécessité de protéger la valeur du dinar. Maintenir un taux élevé est une mesure de précaution pour consolider la tendance baissière de l’inflation et ancrer les anticipations à long terme, tout en offrant une certaine résilience face aux pressions extérieures.

Le frein à l’investissement et le besoinde croissance
Toutefois, cette stratégie n’est pas sans conséquences. Un taux directeur élevé se traduit par des coûts d’emprunt plus importants pour les entreprises, ce qui freine directement l’investissement privé. Or, c’est précisément de cet investissement dont l’économie tunisienne a désespérément besoin pour créer des emplois, moderniser son appareil productif et générer une croissance durable. L’économie se trouve ainsi dans un dilemme : la politique monétaire, en luttant efficacement contre l’inflation, risque de paralyser le moteur de la croissance.
La BCT doit naviguer entre ces deux impératifs : d’un côté, la stabilité macroéconomique et la maîtrise des prix ; de l’autre, les besoins de financement de l’économie réelle.

 Un contexte économique difficile
Les indicateurs confirment cette situation délicate. Si les avoirs nets en devises de la Tunisie restent résilients (101 jours d’importations), le déficit commercial (FOB-CAF) a continué de se creuser au premier semestre 2025, atteignant 9,900 millions de dinars. L’équation de la reprise est donc complexe et ne peut reposer uniquement sur les épaules de la politique monétaire.
À ces défis s’ajoute le risque de dépréciation de la monnaie. Un taux directeur élevé vise, entre autres, à attirer les capitaux étrangers et à dissuader les fuites de capitaux, soutenant ainsi le taux de change du dinar. Une dépréciation de la monnaie nationale aurait un effet immédiat sur l’inflation importée, car elle rendrait plus chers les biens et services importés, notamment les matières premières et les produits énergétiques. Dans un contexte où le déficit commercial est déjà important, le maintien du taux directeur est perçu par la BCT comme un rempart essentiel pour préserver le pouvoir d’achat des ménages et la stabilité des prix à l’échelle nationale.
En conclusion, la décision de la BCT n’est pas un choix simple. Elle reflète un arbitrage difficile entre la stabilité et la croissance. Dans ce contexte, la réussite de la relance de l’économie tunisienne dépendra de la synergie entre une politique monétaire prudente et des politiques budgétaires audacieuses et ciblées de la part du gouvernement, capables de stimuler l’investissement et de répondre aux besoins de l’économie sans compromettre les équilibres fondamentaux.

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