Une cérémonie de commémoration du 40e anniversaire de la disparition de Bechir Salem Belkhiria s’est tenue ce vendredi 28 novembre 2025 au siège du groupe BSB à Tunis, en présence de sa famille, de ses proches, d’anciens collaborateurs, d’universitaires, d’hommes d’affaires et de nombreuses figures du monde économique, sportif et médiatique. Quarante ans après sa mort, l’homme continue de rassembler au-delà des générations et des appartenances, preuve que son empreinte dépasse largement le cadre de l’entreprise qu’il a fondée.
Né le 4 mars 1930 à Jammel, Bechir Belkhiria a grandi dans un contexte familial marqué très tôt par l’épreuve, avec la perte de son père à l’âge de 14 ans. Cette fracture précoce forge chez lui un sens aigu de la responsabilité, du travail et de l’autonomie. Très tôt, la lecture devient un refuge puis un outil d’élévation. Il intègre une école coranique, le collège Sadiki puis le lycée Carnot, où il se distingue par sa rigueur, sa curiosité intellectuelle et son tempérament déjà tourné vers l’effort et l’initiative.
Après son baccalauréat, il poursuit ses études à Paris où il obtient en 1958 une licence en économie commerciale. Il part ensuite aux États-Unis et décroche en 1960 un MBA en administration des affaires à New York. À une époque où la majorité des jeunes diplômés tunisiens aspirent à une carrière dans l’administration publique, Bechir Belkhiria fait un choix radicalement différent en se tournant vers le secteur privé, convaincu que l’avenir de la Tunisie passe par l’entreprise, l’investissement productif et la création de valeur.
Ses premières expériences dans les milieux financiers américains renforcent sa conviction que la performance économique repose sur la discipline, la qualité et l’innovation. De retour en Tunisie, il refuse la logique de la rente et de la richesse facile. Pour lui, l’argent n’est jamais un objectif en soi, mais un accessoire, une simple conséquence du travail. Cette vision, inhabituelle dans le monde des affaires, va structurer toute sa trajectoire.
Au fil des années 1960 et 1970, il multiplie les initiatives entrepreneuriales dans des secteurs variés, jetant les bases de ce qui deviendra plus tard le groupe SBS. Industrie, services, logistique, agriculture, assurance, publicité, textile, presse et avant même que le sujet ne devienne central, l’énergie solaire, font partie des domaines qu’il investit successivement. Son mode de fonctionnement est singulier. Il apporte le capital, confie la gestion à de jeunes promoteurs, les accompagne, les responsabilise puis s’efface pour relancer ailleurs. Ce modèle permet l’émergence de nombreuses entreprises tunisiennes et contribue à la formation d’une génération entière de cadres et d’entrepreneurs.
En 1979, il était parti pour la première fois en voyage au Japon. Fasciné par le modèle industriel nippon et la philosophie de la qualité totale, il comprend très tôt que l’Asie jouera un rôle central dans l’économie mondiale. Il établit un premier partenariat avec Toyota sur la base d’un engagement verbal, sans contrat écrit. En 1980, le premier véhicule est importé en Tunisie, avant la signature officielle d’un accord.
Dans les années 1980, il lance des projets d’une audace exceptionnelle pour l’époque, notamment la fabrication de panneaux solaires, l’importation de semences agricoles sélectionnées pour améliorer les rendements, la création d’une compagnie aérienne privée en partenariat avec des opérateurs américains, ainsi qu’un projet de société maghrébine de transport terrestre. La plupart de ces initiatives se heurtent toutefois à la lourdeur administrative, aux blocages réglementaires et à l’absence de vision stratégique des pouvoirs publics, ce qui conduit à l’abandon ou au gel de plusieurs d’entre elles.
Parallèlement à son engagement entrepreneurial, Bechir Belkhiria s’investit dans le champ social et syndical. Il représente l’Union générale tunisienne du travail dans des instances internationales, défend le dialogue social et plaide pour une relation équilibrée entre l’État, les employeurs et les travailleurs. Il rejette les logiques de confrontation idéologique et défend une approche fondée sur la coopération et l’intérêt national.
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Son engagement ne se limite pas à l’économie. Il joue également un rôle majeur dans le développement du rugby en Tunisie. Convaincu que le sport est un outil de formation citoyenne et de discipline collective, il œuvre à la structuration de la fédération, au financement des clubs et à la formation des encadreurs. Il deviendra président de la Fédération tunisienne de rugby en 1975 et contribuera à son rayonnement au niveau continental et international.
Bechir Salem Belkhiria s’éteint en 1985 à l’âge de 55 ans seulement, laissant derrière lui des projets inachevés et un vide considérable dans le paysage économique tunisien.
Quarante ans plus tard, son héritage est porté par son fils, Moez Belkhiria, actuel PDG du groupe BSB. Lors de la cérémonie commémorative du 28 novembre 2025, ce dernier a rappelé la difficulté de reprendre une telle responsabilité dans un contexte économique complexe, avec une expérience encore limitée à l’époque, mais aussi la détermination à rester fidèle à l’esprit du fondateur. Aujourd’hui, le groupe poursuit son développement en intégrant les nouveaux enjeux liés à la formation, à la digitalisation et à l’innovation.