Le premier long métrage de Khedija Lemkacher, « Belle di notte », sort ce mercredi dans les salles tunisiennes. Cette œuvre relate le parcours de jeunes Tunisiens envisageant l’émigration vers la côte italienne. La réalisatrice décrit son film, à l’ANSA, comme un récit fragmenté, construit comme une série de coups de boxe, alternant entre la terre, symbole de la lutte quotidienne, et la mer, horizon d’espoir et de danger.
Le film s’ancre dans un contexte migratoire précis. En effet, les arrivées par la mer en Italie ont atteint 66 296 personnes en 2025, un nombre stable par rapport à 2024 mais en forte baisse par rapport aux 157 651 arrivées de 2023. Par ailleurs, la part des départs depuis la Tunisie dans ces flux a considérablement diminué. Les arrivées depuis la Tunisie vers l’Italie sont passées de 97 667 en 2023 à 4 841 en 2025, ce qui représente une baisse de 95% sur cette période.
L’idée du film est née d’un fait divers concernant la mort d’un champion de sport en Méditerranée. Khedija Lemkacher y associe l’observation de sportifs tunisiens revenant seuls et méconnus de compétitions internationales. Pour elle, le rêve migratoire actuel est comparable au chant des sirènes dans la mythologie, soit une attraction à la fois puissante et mortelle. Elle estime d’autre part que le cinéma tunisien a historiquement su aborder des thèmes sociaux forts, une tradition dans laquelle elle s’inscrit.En ce qui concerne la production, la réalisatrice note que la coopération avec l’Italie dans le domaine cinématographique reste limitée. Elle souligne qu’il existe peu de coproductions malgré les sujets communs, comme la migration. Cette analyse coexiste avec des initiatives récentes de soutien, puisque six projets de films tuniso-italiens ont été sélectionnés pour un financement en 2025, chaque projet recevant une aide de 50 000 dinars tunisiens.
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